Dans un Théâtre des Champs-Élysées presque comble, Benjamin Grosvenor – affichant un sourire radieux vers un public parisien dont il se sait désormais adoré – proposait un programme exaltant.

Benjamin Grosvenor © Marco Borggreve

Crédit photo : Marco Borggreve

Avec en ouverture le Prélude BWV 855 A de J.S. Bach (dans l’arrangement de Siloti), à peine murmuré, il offrait une fluidité de toucher presque immatérielle et une palette de timbres d’un raffinement céleste. En enchaînant presque sans interruption sur la turbulente Chaconne de Sofia Gubaïdulina, l’ange britannique se transforma alors en démon. De cette page composée trois siècles plus tard, Grosvenor accusait les arêtes vives par une articulation aiguisée, épousant les grimaces sarcastiques de l’écriture au travers de ses emprunts à Bach, mais aussi au jazz, tout en révélant sa parenté avec Prokofiev ou Chostakovitch. Son aisance à en fouiller les mystères comme les contrastes provocants par un jeu puissant et énergique, mais jamais brutal, et surtout sans le moindre effort apparent, allait stupéfier un auditoire peu familier de l’œuvre. Vint ensuite une époustouflante vision de la Sonate en si mineur de Liszt. Inventif et inspiré, Grosvenor démontrait encore dans le choix des couleurs comme dans l’extrême souplesse des tempi, une virtuosité transcendante, dépourvue d’effets de manche, en exploitant toute la richesse quasi orchestrale du Steinway par une expression très fouillée déjà remarquée dans son enregistrement (Decca). Et sans jamais négliger la densité du chant intérieur dans les moments d’accalmie. Par sa liberté, sa réserve de puissance et sa féérie digitale, par son économie de moyens autant que par la concentration de son énergie ou sa motricité maléfique, il se hissait là au rang des géants. C’est avec la même sobriété de posture, mais dans un climat plus radieux, qu’il s’élançait ensuite dans la 3e sonate de Chopin, aussi aérien dans le scherzo que tendre, sans le moindre maniérisme, dans l’exquise rêverie du largo. Sa noblesse du ton comme sa puissance de conviction dans le finale, démontraient encore un souci du détail autant que des grandes lignes de force, apanage des plus grands. Avant de quitter la scène sur la pointe des pieds avec le Nocturne en ut dièse mineur d’un incomparable raffinement. Un géant vous dis-je …à ne pas manquer le 17 mars prochain.

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Théâtre des Champs Élysées Dimanche 15 Octobre 2023
Site de l’artiste : www.benjamingrosvenor.co.uk/media