La finale de la quatrième édition du concours international a couronné un brillant Canadien, Carter Johnson.

Crédit photo : Sophia Szokolay


Nous voilà en fin de journée à l’auditorium du conservatoire de Roubaix pour la grande finale de la quatrième édition du Concours des Étoiles du piano : l’épreuve des concertos. Quatre pianistes sont déjà passés, et l’on a entendu deux 23e de Mozart, un 2e de Chopin et un concerto de Schumann. Dans la même œuvre, Vladimir Skomorokhov, pianiste russe dont la prestation est particulièrement attendue, étonne avec ses tempi rapides, son attaque mordante, presque violente. Sa stature nous rappelle le Berezovsky des débuts, dont il partage la grande envergure, le visage allongé et la coupe au bol. Le bagage technique, aussi, acquis chez Elisso Virssaladze à Moscou. Il nous manquera juste la poésie dans ce Schumann sans concessions, où le pianiste ne cherche pas le beau. Vladimir Skomorokhov ne pourra pas espérer mieux qu’un 5e prix pour ce concerto clivant. Retenons tout de même ce geste aiguisé et excessif, et sa façon de mener tout l’orchestre avec lui dans un Allegro autoritaire qui force l’admiration.

Une interprétation de ce concerto à des années-lumière de celle du grand vainqueur, Carter Johnson ! Un son puissant, dense, rond, éclatant et lumineux. Une ouverture pleine d’élégance, une réexposition du thème où le Canadien nous fait entendre d’autres lignes dans les graves. Un concerto parfait, rehaussé par le superbe chant des violoncelles de l’Orchestre de Picardie dans le mouvement lent. Nous suivons le passage de Carter à côté de sa famille d’accueil qui suit ses moindres faits et gestes, l’accompagne et filme ses performances. Spécificité de ce concours, les pianistes sont accueillis et chouchoutés par des familles roubaisiennes : « Il a bossé jusqu’à minuit hier, on a dû aller le réveiller ce matin ! ».

Du duel des 23e Concertos de Mozart, Rodolphe Menguy sort gagnant face à Kuan-Wei Chen. Le Français nous propose un sommet d’émotion dans le mouvement lent, admirable de retenue. Ce Mozart-là, entouré de mouvements impairs plus que réussis, a bien la consistance du concerto joué précédemment par Carter Johnson mais le pianiste devra se contenter d’un 2e prix. Kuan-Wei Chen nous séduit moins, avec un jeu très théâtral, des aigus métalliques et une Sicilienne où le pathos prend le pas sur le discours. Le Taïwanais, 3e prix, aura offert de superbes performances dans les récitals des deux tours précédents, comme en témoigne son Prix d’Honneur pour la meilleure performance du ballet Chout de Prokofiev arrangé par Vladimir Soultanov, président du jury.

Le 2e Concerto de Chopin de Salome Jordania convainc par ses gammes chantantes, par ce piano qui allège la texture, qui cherche la décantation et la douceur dans le Larghetto. Il nous manque peut-être un peu de caractère rhapsodique, d’immédiateté et de naturel dans le final. Cela méritait sûrement mieux qu’un 4e prix, mais dur de trouver sa place parmi une telle liste de lauréats !

Pour plus d’informations

Roubaix, le 17 novembre

Site web de Carter Johnson