Edna Stern, pianiste et pianofortiste, désormais aussi compositrice, nous entraîne sur son dernier album dans une réjouissante ronde schumannienne.

Edna Stern CD Carnaval
Mon piano d’enfance

J’ai commencé le piano quand j’avais 6 ou 7 ans sur un Ibach droit, une maison allemande. C’était un bel instrument, idéal pour un débutant, car les pianos droits ont une mécanique plus légère, donc plus facile à contrôler. Je ne l’ai pas forcément réclamé, mais ma sœur aînée jouait beaucoup. Elle avait dix ans de plus et finissait ses études. Je l’ai entendue jouer le 2e scherzo de Chopin, le 1er concerto de Rachmaninov – elle était très forte. Moi, j’étais juste la petite sœur qui venait l’ennuyer de temps en temps ! (rires)

Mon piano de travail

J’ai acheté un Steinway C sur les conseils de Krystian Zimerman, à l’époque où j’étudiais avec lui. C’était, en effet, un très bon achat ! Il date de la période d’après-guerre, et a l’avantage d’avoir exactement la même mécanique que celle des modèles D, c’est donc un excellent piano pour préparer des concerts. Les Steinway étant omniprésents, il est indispensable de savoir comment ces instruments fonctionnent. D’autant plus que ce sont des pianos magnifiques, avec une belle profondeur qui s’ouvre à beaucoup de possibilités.

Mon piano idéal

Je l’ai ! C’est mon Bechstein de l’année 1888, qui a été restauré par un excellent spécialiste, sa mécanique étant complètement usée. Il est beau, profond dans les basses, léger et scintillant dans les aigus. Tout passe avec facilité. C’est un piano qui ne cherche pas la puissance, ce qui me convient très bien dans mon salon ! De plus, il me rappelle l’instrument que j’avais, petite, par la légèreté de sa mécanique et la générosité de sa sonorité. C’est le souvenir d’une certaine magie, que j’ai connue avec mon piano d’enfance et que je retrouve aujourd’hui avec mon Bechstein.

Le piano du compositeur

Un jour, je tombe sur une phrase de Schumann qui m’a bien ennuyée : il pensait que tout bon pianiste devrait consacrer deux de ses dix doigts à la composition ! Alors, je me suis lancée, et grâce à la composition, je découvre qu’il est possible de chercher une souplesse au sein d’un domaine tellement discipliné. Il est indispensable de sortir de la performance pour entrer dans la créativité. Quant au piano de Schumann, il est multiple, comme lui-même. Il peut être vocal ou orchestral, sonner comme un seul instrument ou comme plusieurs, restituer la densité ou la transparence. Un piano, c’est tout ce qui me suffit.

Pour plus d’informations

Edna Stern : « Carnaval ». Orchid Classics

Entrons dans l’univers enchanteur de Schumann à travers le regard pétillant d’Edna Stern. Avec une affection palpable, la pianiste israélo-belge livre un discours plein de tendresse et de finesse, naviguant dans les pages célèbres du Carnaval et des Scènes d’enfants avec un vrai sens du détail et du phrasé. Malgré une captation qui gomme les reliefs, l’interprète fait preuve d’une belle imagination sonore, chaleureuse, limpide et lyrique. En clôture, sa première composition, pleine d’expressivité, montre déjà une plume intéressante.