Prix Cortot il y a deux ans, elle offre l’exemple d’un parcours très singulier où le piano côtoie… des études à Sciences Po Paris.

Vous avez remporté en 2019 le Prix Cortot à l’École normale de musique, avec laquelle vous étiez, je crois, en contact dès vos débuts au Maroc…
Ma sœur aînée faisait du piano et, constatant mon intérêt pour l’instrument, mes parents ont décidé de m’inscrire à six ans dans une école de musique de Casablanca, où j’ai en effet commencé à travailler avec Nicole Salmon, qui est la représentante au Maroc de l’École normale de musique. J’ai bénéficié de son enseignement à la fois bienveillant et exigeant jusqu’au moment où, à 17 ans, je me suis installée en France pour y poursuivre mes études musicales (École Normale et CNSMDP) et générales (un bac S puis Sciences Po Paris.)

Qu’est-ce qui vous a poussée à entreprendre des études supérieures aussi exigeantes alors que vous étiez déjà résolument engagée dans la voie musicale au plus haut niveau ?
Au Maroc, les classes à horaires aménagés n’existent pas. J’allais au collège, au lycée de manière indépendante de la musique et j’étais habituée à un emploi du temps très prenant. J’aime être occupée, et le fait de mener ces deux parcours en parallèle m’a permis de grandir musicalement bien sûr, mais aussi humainement. En ce moment, je suis  en 4e année à Sciences Po, en master d’Affaires publiques spécialité culture.

Avec quelques arrière-pensées professionnelles…
Bien sûr ! Je profite d’enseignements très enrichissants à Sciences Po, sur les enjeux des industries culturelles, sur le droit de la culture, mais aussi des cours de théâtre, d’allemand ou d’éloquence. Mon parcours correspond exactement à des projets d’avenir liés à la performance artistique, mais aussi à l’action au sein d’une institution musicale ou culturelle.

Comment se sont articulées vos études entre l’École Normale et le Conservatoire ?
Jacques Lagarde, mon unique professeur à l’École Normale, m’a donné de précieux conseils sur l’interprétation des œuvres tout en laissant ma personnalité s’exprimer pleinement. Il m’a toujours bien orientée dans mes choix de répertoire et je continue de le consulter sur ce point. L’entente entre lui et Claire Désert et Romano Pallottini, mes professeurs au CNSMDP, était excellente ; une vraie complémentarité s’établissait entre leurs pédagogies. Claire part d’une analyse très objective et très précise de la partition pour laisser ensuite l’élève s’exprimer dans l’interprétation. Romano a un enseignement formidable où chaque note doit être pensée et écoutée, chaque idée musicale mûrie, le tout en trouvant toujours le meilleur geste musical et la couleur sonore correspondante.

Crédit photo : Anne-Sophie Bielawski

BIO EXPRESS
2016 Admise au Conservatoire
de Paris et Grand Prix au
Concours international SAR la
princesse Lalla Meryem (Rabat)
2017 Admise à Sciences Po Paris
2019 Prix Cortot à l’École
normale de musique et
premier disque (Schumann/
Stravinsky) chez Passavant
2020 Sélection aux Concours
Busoni et de Leeds

Avez-vous des projets du côté des concours internationaux ?
Comme pour les concerts, il est difficile de se projeter dans ce domaine, avec tous les reports et annulations qui interviennent. Reste que j’ai passé avec succès les sélections en ligne pour le Concours Busoni 2021 ; j’espère que les épreuves seront maintenues en août prochain, ce d’autant que le programme correspond à ce que j’aime jouer.

Quels sont justement vos répertoires de prédilection ?
J’essaie de jouer de tout, mais j’avoue être très attirée en ce moment par le répertoire romantique allemand. Et dans la perspective du Concours Busoni, la musique de ce compositeur m’occupe et m’intéresse beaucoup. On connaît mieux ses transcriptions que ses œuvres originales. Busoni a, je crois, beaucoup apporté à l’évolution de la musique ; il était toujours tourné vers le futur.

Comment vivez-vous la période qui s’est ouverte avec la crise sanitaire ?
J’espère que les beaux projets, concerts ou concours, que j’ai pour les mois prochains pourront se réaliser, dont un, en musique de chambre, avec des collègues du CNSMDP. Dans ce cadre nous avons déjà enregistré le Quatuor inachevé de Lekeu. J’essaie de me concentrer sur des travaux qui peuvent être réalisables et réalisés grâce à des supports numériques. Les périodes où l’on dispose d’autant de temps pour monter du répertoire sont très rares : il faut en profiter. Avec une activité normale, je n’aurais jamais eu le temps d’explorer d’autres répertoires. J’essaie de voir le bon côté des choses, découvrir de la musique, lire, m’enrichir.

Propos recueillis par Alain Cochard