À 30 ans tout rond, cet insatiable curieux aime les chemins de traverse et ne se lasse pas d’explorer des contrées musicales méconnues. À suivre !

Les destinées tiennent parfois à peu de chose… N’eût été l’opposition de sa mère, Philippe Hattat, enfant, aurait pu suivre l’exemple d’un camarade de classe et se mettre… à la batterie ! Bien en a pris à celle qui préféra orienter vers le solfège et le piano celui qui, à 30 ans tout rond, se range parmi les musiciens les plus doués de sa génération.

Après le conservatoire de Levallois (où l’apprenti pianiste a aussi travaillé la composition avec Michel Merlet, l’orgue et le clavecin avec Benjamin Steens), le CRR de Paris tient lieu d’antichambre du CNSMDP ; l’adolescent y fait son entrée en 2011 et en sortira en 2019 avec huit premiers prix en poche, à commencer par celui de piano (en 2016), dans la classe de Jean-François Heisser. Rencontre décisive que celle avec un professeur qui accompagnera tout son cursus, lui faisant, au départ, gagner en rigueur dans le travail afin de « canaliser la fougue de la jeunesse » au profit d’une « musicalité évidente et efficace qui touche immédiatement le public », qui passe aussi par la posture face au piano et le rejet de tout geste inutile.

Philippe Hattat

Crédit photo : Sylvain Picart

Fougue de la jeunesse et soif de musique.

On ne peut qu’être impressionné par la variété des domaines abordés par Philippe Hattat durant la période du CNSMDP. Fort du bagage acquis préalablement en composition, il ne profite que mieux des conseils de Jean-Frédéric Neuburger en accompagnement ou de Marc-André Dalbavie en orchestration, deux rencontres à l’évidence marquantes pour un musicien qui intègre aussi la classe de contrepoint de Pierre Pincemaille, croisé plusieurs années auparavant à Levallois. Le courant passe et l’organiste lui propose de suivre sa classe d’improvisation à Saint-Maur-des-Fossés. Une pratique de l’orgue dont le pianiste ne manque pas de souligner l’apport bénéfique en matière de legato, de variété d’articulation et de toucher.

On n’a jamais fini d’apprendre… La curiosité de l’étudiant l’oriente en outre vers l’ethnomusicologie. Ainsi, par l’intermédiaire d’un ami spécialiste des langues iraniennes – car notre pianiste se passionne aussi pour la linguistique comparative et l’étymologie – Philippe Hattat s’est initié… au chant zoroastrien !

Parmi les compositeurs du répertoire chers à son cœur, les noms de Beethoven, Brahms, Liszt, Chopin, Ravel viennent immédiatement. Et il aimerait approfondir les choses du côté de Séverac, Pierné ou Medtner, grand Russe trop méconnu – où il aurait sûrement beaucoup à apporter.

Disques et concerts ont jusqu’à présent montré son vif intérêt pour la musique du second XXe siècle, avec des réussites magistrales, chez Olivier Greif (1950-2000) en particulier (Chants de l’âme et Danse des morts, chez B Records), créateur découvert dès l’époque du CRR avec lequel il ressent de profondes affinités.

Une autre figure du XXe siècle, Messiaen, a donné son nom au trio auquel Philippe Hattat prend part depuis 2020, avec David Petrlik et Volodia Van Keulen. Une formation dont le large répertoire correspond lui aussi à l’insatiable appétit de musique de l’artiste.

Bio express

1993 Naissance à Paris

2010 Concours International Claude-Bonneton de Sète : 1er prix, prix du public

2016 Concours international de piano d’Orléans : prix Ricardo Viñes, prix Alberto Ginastera, prix de composition André Chevillon–Yvonne Bonnaud

2016 Master de piano au CNSMDP

2020 Devient pianiste du Trio Messiaen

Actualités

23 juillet Les 3 Sonates pour violon et piano de Brahms avec David Petrlik, Orcival

1er août La 15e Symphonie de Chostakovitch et une création de Thierry Escaich avec le Trio Messiaen et le Trio Xenakis à l’Août Musical de Deauville