« Une apocalypse joyeuse » : voilà le programme proposé par Aurélien Pontier dans son dernier album, un voyage dans la ville de toutes les musiques, Vienne l’Impériale. Entre deux répétitions, le pianiste français nous dévoile son expérience des pianos, de sa jeunesse à sa pratique actuelle. 

Aurelien-Pontier-Warner-V-Archeno

Crédit photo : Warner V Archeno

Mon piano d’enfance
J’ai eu la chance de grandir avec le Steinway A de mon père pianiste. Datant des années 1970, une belle décennie de la maison, le piano avait une rondeur de son incroyable et m’a ouvert des univers sonores inouïs. Nous nous y sommes tous deux beaucoup attaché. On me dit que j’ai le son de mon père. Il travaillait beaucoup à la maison et me faisait écouter les disques des pianistes qu’il aimait, tels Samson François et Alfred Cortot. J’adorais aussi les visites de notre accordeur, Helmut Klemm, qui m’a régalé des histoires de son travail avec les grands pianistes du siècle !

Mon piano de travail
Je fais partie des pianistes qui n’ont pas d’instrument chez eux. Artiste Steinway, je travaille sur les nombreux pianos de la maison, chez les amis ou au Conservatoire international de musique de Paris, où j’enseigne. Un fabuleux instrument peut donner des ailes pour aller encore plus loin – c’est un inspirateur. Or, il ne réalise que ce qui existe déjà en soi. Aussi l’imagination sonore est-elle absolument fondamentale ! Pour ma part, fou de violon, j’ai toujours un orchestre dans ma tête.

 

Propos recueillis par Melissa Khong

Mon piano idéal
Deux pianos m’ont fait vibrer, chacun pour sa charge historique. J’ai joué sur le Chickering de Liszt à Budapest, un bref moment de magie ! Ses sonorités liquides m’ont bouleversé ainsi que la sensation inoubliable d’imaginer le grand Liszt peaufiner ses idées devant ce piano. Le deuxième était le Érard du Palazzo Polignac, sur lequel j’ai joué la Pavane de Ravel, interprétée pour la première fois sur ce même instrument. Passionné d’histoire, j’ai été très ému par ces rencontres.

Le piano orchestral
Pour reproduire l’orchestre au piano, il ne faut pas avoir peur que le son s’éteigne. Si la pensée et le phrasé sont bien construits, il est tout à fait possible de rester fidèle au tempo de l’orchestre et à la partition originale – c’est le pari que j’ai pris dans mon arrangement de l’Adagietto de Mahler. La nature percussive de l’instrument rend aussi la Valse de Ravel plus anguleuse et plus nerveuse – l’effondrement devient d’autant plus puissant. Ainsi, une transcription fait découvrir l’armature d’une œuvre à travers le piano, c’est révélateur !