Au printemps 2021, un plateau de 1000m² au premier étage de la philharmonie de Paris sera destiné aux 4-10 ans. Mathilde Michel, qui pilote ce beau projet ouvert à tous, nous en fait découvrir les grandes lignes.

Pourquoi avoir créé cet espace ?

C’était une façon de faire face à l’hyperdemande pour les petits et les tout-petits. La Philharmonie de Paris propose des ateliers qui sont pris d’assaut et ne peuvent pas accueillir tout le monde. Nous souhaitions nous équiper d’un lieu d’accueil permanent. Nous nous sommes inspirés de la Haus der Musik, à Vienne. Ce type de musée est finalement assez rare. Il existe cependant en France beaucoup d’initiatives de maisons d’opéra. Nous serons ouverts en permanence, comme la Cité des sciences. C’est aussi un projet social : 10% de la jauge sera réservée aux publics d’associations, de réseaux scolaires.

Notre objectif est d’accueillir environ 150 000 personnes par an. Et nous proposerons des activités accessibles aux personnes en situation de handicap, aux dyslexiques, dyspraxiques… Toutes les personnes que l’Éducation nationale a du mal à appréhender auront leur place à la Philharmonie des enfants. La question du tarif d’entrée n’est pas encore tranchée, mais il sera probablement situé autour de 11 euros.

En quoi consistera ce « musée » ?

L’espace sera offert à la liberté des enfants, qui auront la possibilité de jouer sur des manipulables leur permettant d’appréhender les notions sonores, l’idée étant de solliciter les sens et la sensibilité à travers la manipulation. Nous avons imaginé un parcours gradué avec une trentaine de stations d’activités. Bien sûr, l’enfant ne pourra pas tout faire, mais il butinera, salle par salle. Il commencera par entrer dans « la forêt des sons », dans laquelle un phénomène sonore se révélera à travers les vibrations des eaux.

Après, il manipulera lui-même des instruments et machines sonores créés spécialement pour l’endroit : une grande boîte à musique, une bille d’ébène qui tombera sur des claves, une machine à vent, sorte d’orgue qui s’activera avec un système de soufflerie et qui s’apparentera à une sorte de flûte à fesses. Nous aurons aussi trois géants à cordes, pincées, grattées, frottées, ainsi que des petits studios électro. Tout sera bien sûr harmonisé, et quand les instruments sonneront en même temps, cela sera agréable à entendre. La troisième salle sera celle de l’univers de la scène et des musiciens ensemble.

Les enfants dirigeront un orchestre virtuel, l’Orchestre de Paris, dans une mise en scène de salle de spectacle. Il y aura aussi une scène de rock et la possibilité de jouer dans un salon de musique jazz, à l’ombre d’un gramophone ou d’un jukebox. Nous aurons même un « cinéma pour les oreilles », muni d’une cinquantaine de haut parleurs, dans lequel les enfants écouteront de la musique dans d’excellentes conditions audio grâce à un son 3D. On sait que l’écoute concentrée procure des bénéfices importants : confiance en soi, plaisir…

Comment s’achèvera le parcours ?

La quatrième salle nous conviera à une introspection autour du corps comme instrument, notamment à travers la voix, et elle nous invitera également à écouter les expressions vocales du monde entier. Le parcours se terminera sur une salle consacrée au mystère de la musique comme langage. Un « Compositrain » permettra de jouer sur l’agencement mélodique. D’autres outils seront offerts pour appréhender la musique à l’image, avec des bruitages, bandes originales, extraits de films.

Vous prônez une approche plus sensorielle que théorique…

Nous avons l’ambition d’être très inclusifs. Aucun prérequis de connaissance ou de pratique musicale ne sera nécessaire.

Propos recueillis par Elsa Fottorino