Le Rungis piano piano festival célèbre le duo de piano sous toutes ses formes et nous fait (re)découvrir des raretés du répertoire.

Crédit photo : Studio NathSam
(Rungis, Val de Marne, 5 octobre)
Sous l’impulsion d’Arthur Ancelle et Ludmila Berlinskaïa, Rungis est en train de devenir la capitale du répertoire à deux pianos. C’est d’ailleurs ce duo qui a donné le coup d’envoi de la journée marathon du festival Piano-Piano, avec un récital matinal dans le tout nouvel Auditorium du Conservatoire de Rungis. Le public est au rendez-vous, pas effrayé par le programme Amy Beach / Benoît Menut : ce grand classique des salles de concerts !
La Suite pour 2 pianos op.104 d’Amy Beach “founded upon old Irish melodies” séduit facilement, avec ses inspirations Lisztiennes et ses thèmes folk… Le duo déploie ses qualités : densité de son, cohérence totale, qualité d’écoute pour créer ces jeux d’échos tout en maintenant un équilibre à toute épreuve. Un métier inattaquable. Et il faut du métier pour s’attaquer à la création mondiale de la redoutable Dance Suite de Benoît Menut ! Une œuvre où l’on trouve des réminiscences de Reggae, de Ska, ainsi qu’une danse du soleil d’inspiration amérindienne. La pièce semble venir des tripes, une oscillation dionysiaque qui présente l’ivresse chaotique de la danse.
Le second concert
Le second concert s’ouvrait par Daydream and Nightmare de Lowell Liebermann, une œuvre à huit mains où le duo Shapran & Fazekas, issu de l’Académie du Festival, rejoint Suzana Bartal et Marie Vermeulin. La force évocatrice de la partition s’impose avec évidence, entre la beauté éthérée du rêve et la violence vertigineuse du cauchemar. De ce cauchemar s’extrait la Sonate pour deux pianos et percussions de Bartok. Combien de fois dans une vie a-t-on la chance de l’entendre ? Suzana Bartal, Marie Vermeulin, Jean-Claude Gengembre et Jean-Baptiste Leclère joignent leurs forces pour nous offrir ce monument ! Le travail des interprètes est admirable, par ce rythme constant, ce travail sur les textures : un grand Bartok n’est pas percussif et raide, il y a du chant, du rebond, du charme et de la finesse. Une version des grands jours !
