Ce coffret marque le trentième anniversaire de la mort du grand pianiste tchèque Rudolf Firkusny.

Universellement admiré pour son élégance patricienne autant que pour sa modestie légendaire, Rudolf Firkusny (1912-1994) a laissé une vaste discographie répartie chez différents éditeurs (voir Vie de légende n° 143). Après les rééditions des legs EMI/Capitol, puis Columbia/Sony, voici que le volet Deutsche Grammophon/Decca réapparaît enfin dans son intégralité, offrant plusieurs inédits.

Le coffret s’ouvre par cette première publication en CD de sa majestueuse vision des Tableaux d’une exposition, qui, à elle seule pourrait résumer le raffinement de son art, tant par son sens de la mesure que par son romantisme naturel. Dans Ravel, il se fait espiègle (Alborada) ou cristallin (Jeux d’eau) et s’avère d’une autorité exemplaire dans le concerto de Dvořák dirigé par Laszlo Somogyi. Sa seconde intégrale de l’œuvre pour piano de son maître JanáČek (1971), gravée en stéréo vingt ans après celle monophonique pour Columbia, reste quant à elle une incontournable référence.

En véritable ambassadeur de la culture tchèque, Firkusny y parle sa langue maternelle, livrant de la Sonate, du Capriccio, du Concertino, comme du cycle Sur un sentier recouvert, des lectures d’une authenticité touchante et d’une foisonnante imagination.

Au milieu des années 1970, il revient pour American Decca sur trois illustres sonates de Beethoven, dans lesquelles il démontre une fraîcheur et une légèreté intactes. À la même époque, on lui doit encore une vision alerte, radieuse – et trop méconnue – de l’« Empereur », en étroite complicité avec la baguette d’Uri Segal. Chambriste très recherché, il enregistre au cours des années 1960 une poignante collection de huit sonates de Beethoven, Brahms, Franck et Mozart en compagnie de la violoniste Erica Morini, mais aussi celles de Brahms aux côtés du violoncelle aristocratique de Pierre Fournier. Précieux inédit absolu enfin, datant de 1963, les délicates Variations Duport de Mozart couplées à l’ultime sonate D. 960 de Schubert – d’une noblesse toutefois moins grave que celle de Serkin – qui concluent ce précieux ensemble.