Salomé Gasselin, Bruce Liu, Alexandre Tharaud… les riches heures des festivals de Saint-Paul de Vence et de La Roque d’Anthéron.

Chapeau estival, taille haute et traits altiers, l’arrivée de Bruce Liu devant l’Auberge de la Colombe d’Or, ne passe pas inaperçue. Le dernier lauréat du concours Chopin, tête d’affiche de nombreux festivals d’été, s’est produit en juillet dernier à Saint-Paul de Vence. Le musicien Canadien qui a grandi à Paris (d’où son français impeccable) a habilement composé un programme mêlant Rameau, Chopin, Beethoven et Kapustin.

On appréciera ainsi les différentes facettes de son jeu, qui a pour dénominateur commun une verve, une virtuosité et une sonorité hors normes. Les pièces de clavecin de Rameau (parmi lesquelles Les Tendres Plaintes, Les Cyclopes, Les Sauvages…), prennent ainsi une dimension très distinguée et malgré son jeu d’orfèvre très ciselé, il passe un peu à côté de la dramaturgie de ces pages.

« Un répertoire très rythmique dans lequel il excelle »

On ne peut pas en dire autant de la « Waldstein » de Beethoven, portée par une énergie, une volubilité galvanisantes. Le pianiste met en avant aussi bien la structure complexe de l’œuvre, que l’esprit improvisé des premier et dernier mouvements. Il nous saisit par ce ton personnel et sa vision d’ensemble qui font oublier quelques maniérismes (accents, retards). Sans oublier son toucher de velours dans le deuxième mouvement méditatif. La sonate funèbre de Chopin, est là aussi défendue avec panache. Un récital qui s’achève sur l’apothéose des Variations de Kapustin, un répertoire très rythmique dans lequel il excelle.

Bruce Liu. Crédit photo : Yanzhang

Salomé Gasselin et Emmanuel Arakélian. Festival été 2023 ©SDP

Salomé Gasselin et Emmanuel Arakélian. Crédit photo : Valentine Chauvin

Climat spirituel à La Roque d’Anthéron

Au festival de La Roque d’Anthéron, c’est un climat plus spirituel qui nous attend. L’abbaye cistercienne de Silvacane, joyau du XIIème siècle, accueille deux talents prometteurs de la scène baroque, Salomé Gasselin étoile montante de la viole de gambe et Emmanuel Arakélian, titulaire du grand orgue de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Ici, il est à l’orgue et au clavecin.

Est-ce la magie du cloître et son jardin baigné d’une lumière mordorée de fin de journée, la complicité de tous les instants du duo, de la voix profonde et intime de la viole de gambe de Salomé Gasselin, qui font de leur « récit » un véritable moment de grâce ?

Une magie portée par la délicate résonance des lieux qui met en lumière les répertoires des XVIIème et XVIIIème siècles. Marin Marais, Louis Marchand, Pierre Du Mage, Jean-Sébastien de Bach, Jean-Adam Guilain (qui ne serait autre que Louis Marchand) et François Couperin sont au programme.

Le jeu de Salomé Gasselin dans son caractère et sa sensualité rappelle parfois la voix humaine, douce et chantante. Dans les pièces en duo, les deux artistes, expriment la même poésie, la même intelligence de l’instant et nous donnent la sensation d’écrire la musique au présent. Le concert s’achève avec la Troisième Sonate pour viole de gambe et clavecin de Jean-Sébastien Bach, véritable sommet d’expressivité.

Alexandre Tharaud en récital

Le même soir, Alexandre Tharaud, fidèle collaborateur de Pianiste, s’apprête à donner son récital sous l’immense conque du festival. Au bout de l’allée de platanes, les spectaculaires séquoias centenaires veillent sur le parc du Château de Florans. Ils se dressent, immuables dans le ciel immaculé de juillet tandis que quelques spectateurs épars profitent de leur ombre généreuse pour pique-niquer en attendant de s’installer dans les gradins.

Le pianiste Français interprète – de concert avec les cigales – les compositeurs qui lui sont chers à commencer par Rameau (Suite en la) et Grieg (pièces lyriques) : un programme envoûtant qui résonne avec ses propres compositions, pièces courtes d’atmosphères qu’il a composées dans les interstices de sa vie de soliste : coulisses, moments d’attentes, transports… La monumentale dernière sonate opus 111 de Beethoven vient conclure ce récital. Après une telle traversée, les cigales se taisent…

©Pierre Morales

Alexandre Tharaud. Crédit photo : Pierre Morales