Avec Bach, Schubert est le pain quotidien du pianiste français qui a gravé, entre autres, la Wanderer Fantasie, des Impromptus, des Moments musicaux et la Sonate en sol majeur. Féru du compositeur, il nous emmène au cœur de cette musique singulière.

Crédit photo : Parlophone Records / François Berthier – Warner

Quel est le génie de Schubert ?

Chez Schubert, c’est la révolution en chambre. Une révolution confidentielle. Il fait éclore un langage nouveau dont le génie n’est reconnu que tardivement. Le langage de Schubert est infiniment personnel, notamment en termes de structure musicale. C’est peut-être le premier compositeur qui a trouvé une élasticité au sein des formes classiques, apportant une longueur complètement inhabituelle à ses symphonies. Chez Schubert, tout n’a pas un rôle structurel. En quelque sorte, c’est l’anti-Beethoven. Schubert a été un pionnier dans cette façon de manipuler les formes, où l’idée de pérégrination nous livre des moments sublimes qui n’ont aucun rapport avec la structure. Qu’il ait pu trouver son propre langage, malgré l’ombre intimidante de Beethoven, relève du miraculeux.

Comment restituer cet univers sonore au piano ?

Tout réside dans l’art de la couleur et de la pédale. La difficulté n’est pas seulement liée à une virtuosité apparente, comme dans la Wanderer Fantaisie, mais surtout dans la restitution des nuances, des plans sonores et du chant. Il faut être capable d’avoir une graduation dans les couleurs, de maîtriser l’amplitude dynamique que Schubert a exploitée comme nul autre. Puis vient l’ambiguïté de cette musique, où un pianissimo peut être exprimé de manière soutenue ou éthérée. Le sous-texte d’une œuvre peut être dévoilé à travers de multiples degrés de sens, comme dans ses lieder. Son œuvre est d’une subtilité psychologique rare.

Et si Schubert avait vécu plus longtemps ?

Je n’ai pas tant de regrets devant la profusion d’œuvres que Schubert nous a laissées, qui n’est pas moindre que celle de Bach ou de Mozart. La prescience de la mort a apporté une sorte d’urgence et de frénésie à son écriture. Sans doute serait-il allé vers une exploitation plus grande du contrepoint, car on sait qu’il a étudié cette forme à la fin de sa vie et son intérêt pour ce sujet est évident dans ses dernières œuvres. J’ai toutefois l’impression qu’il est allé au bout de son langage. Ai-je vraiment le sentiment qu’il est mort trop tôt ? J’ai surtout de la reconnaissance. Laisser un si grand nombre de chefs-d’œuvre quand on n’a vécu que 31 ans est un cas assez unique dans l’histoire de la musique.

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