Cheffe de chant, pédagogue, chambriste ou soliste… l’éclectique interprète voyage au gré de ses passions. Elle a croisé sur sa route le « Wanderer » de Schubert.

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« Wanderer sans paroles » : mêlant Schubert, Wagner, Mahler, pièces originales et transcriptions, le disque de Juliette Journaux séduit immanquablement, tant par l’originalité de son programme que par le formidable souffle qui l’anime. Un enregistrement solo tout à l’image de la personnalité de la jeune interprète, et de son parcours. Mère psychologue, père mathématicien et grand mélomane : celui-ci a l’heureuse idée de faire un jour découvrir Schubert à sa fille – Impromptu n° 3 op. 90 par Radu Lupu et Auf dem Wasser zu Singen par Elisabeth Schwarzkopf. Coup de foudre ! « La relation piano-voix m’a instantanément fascinée » se souvient Juliette Journaux, et a été « le fil conducteur de tout ce qui allait suivre. »

Elle fait ses débuts au clavier sous la conduite de Tatiana Kostrova, ancienne cheffe de chant au Bolchoï, qui lui apprend à « penser le piano de façon orchestrale et à mettre des mots sur la musique ». Après le conservatoire de Boulogne, avec Marie-Paule Siruguet et David Saudubray, l’étudiante retrouve ce dernier au CRR de Paris – « un professeur qui m’a appris qu’il faut être heureux en tant qu’artiste. »

« J’ai eu une chance folle », reconnaît la jeune femme en repensant à ses années d’études. Au CNSMDP, elle ne croise que des pédagogues qui la comprennent et lui ouvrent « des champs de possibilités immenses ». Alain Nollier lui apprend à toujours considérer les partitions dans leur contexte historique, « à ne pas juste être pianiste ». Emmanuel Strosser encourage sa passion pour Schubert et fera en sorte que l’étudiante puisse passer son prix de piano dans un programme entièrement schubertien, bâti autour du thème du wanderer – déjà ! – et donné pour près de la moitié avec chanteur.

Rencontres fondatrices aussi que celles avec Anne Le Bozec, en lied et mélodie, et Erika Guiomar, « la grande prêtresse des cheffes de chant ». Le passage dans sa classe conduit la pianiste à développer son goût pour la transcription. Ajoutons les précieux conseils de David Kadouch à l’Académie Jaroussky et voilà Juliette Journaux prête pour une carrière désormais partagée entre l’activité de cheffe de chant free lance, l’enseignement à la Haute École de musique de Genève, les récitals, aux côtés de jeunes chanteurs (Mathilde Ortscheidt, Liviu Holender et Edwin Fardini, baryton avec lequel elle prépare un disque Oskar Posa) ou de la violoniste Eva Zavaro, et en solo.

Nul doute que la parution de son disque va favoriser ce domaine. Didier Martin, patron d’Alpha Classics a eu du flair en faisant confiance à l’artiste pour son projet « Wanderer sans paroles ». Avec le concours de Maximilien Ciup, ingénieur du son/directeur artistique, et d’un somptueux Steinway D répondant au doux nom d’Edward, Juliette Journaux offre bien plus qu’un magistral disque de piano : un voyage poétique de haute volée tel qu’on n’en découvre pas tous les jours.

Bio Express

1996
Naissance à Montrouge

2014-2021
Études de piano, accompagnement vocal et direction de chant au CNSMDP

2017-2018
Jeune talent de l’Académie Jaroussky (masterclasses avec David Kadouch)

2021
Débuts à la Philharmonie de Paris dans un programme de lieder de Mahler avec Liviu Holender (baryton)

2022-2023

Lauréate de l’Académie Orsay-Royaumont avec Liviu Holender

2023
Sortie de son premier album solo, Wanderer without Words, chez Alpha Classics

Actus

Janvier-février 2024
Così fan tutte au Théâtre du Châtelet en tant que cheffe de chant et cheffe assistante (mise en scène : Dmitri Tcherniakov, direction : Christophe Rousset)

17 et 18 février 2024

L’Enfant et les Sortilèges, Ravel, version deux pianos et petit ensemble (Grande Salle-HEM, Genève)

4 avril 2024
Récital Mahler, Britten avec Mathilde Ortscheidt (mezzo-soprano) à la Red House (Britten Pears Spring Festival)