Pour le concert de clôture de son festival Classiche Forme, la pianiste Beatrice Rana a rendu hommage à la France.

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Crédit photo : Flavio Ianiello

C’est dans le Salento, à l’extrême sud des Pouilles, que se tient le festival Classiche Forme créé par la pianiste Beatrice Rana. La jeune femme est originaire de cette région aride où se rejoignent deux mers mais aussi les traces prodigieuses des nombreuses civilisations (Messapiens, Grecs, Romains…) qui ont foulé ce territoire. Ce festival convivial et familial – la pianiste implique ses parents dans l’organisation, ainsi que sa sœur, la violoncelliste Ludovica Rana – rayonne dans les villages de la région par ses concerts dans les églises ou les masseria, ces fermes fortifiées qui appartenaient autrefois à de riches propriétaires terriens et aujourd’hui restaurées dans un objectif d’agrotourisme qui a le vent en poupe dans ce territoire méridional peuplé d’oliviers. Le concert de clôture du festival s’est déroulé dans le cloître de l’université du Salento de Lecce. Pour cette grande fête de la musique de chambre, la pianiste a réuni autour d’elle des membres de sa famille musicale et affective : son compagnon le pianiste Massimo Spada, la perle du piano britannique Benjamin Grosvenor, les violonistes Sayaka Shoji et Hyeyoon Park… pour une grande fête « en hommage à la France ». C’est donc avec Dolly de Fauré que le duo Rana-Spada ouvre la soirée. On tombe immédiatement sous le charme de la Berceuse, son doux et gracieux balancement à deux temps. La pianiste italienne assure la partie prima avec une légèreté enfantine tandis que Massimo Spada donne le tempo en seconda. Derrière cette apparente facilité, cette candeur musicale, le duo s’emploie à faire ressortir les complexités harmoniques et les audacieuses modulations de la partition. C’est un véritable feu d’artifice de couleurs que les pianistes nous réservent avec la Rapsodie espagnole de Ravel. On a presque l’impression d’entendre le célesta sous les doigts de Beatrice, alchimiste du clavier. Les musiciens donnent toute leur mesure à la dimension orchestrale de la partition dans une succession de tableaux vivants et racés. Du mystérieux Prélude à la nuit, en passant par la gracieuse Malaguena, l’imprévisible Habanera, pour finir sur une Feria jubilatoire. En seconde partie, deux autres gros morceaux du répertoire attendent le public galvanisé : le Concert de Chausson avec Sayaka Shoji (quelle verve, quelle imagination !), Benjamin Grosvenor et le Quatuor Modigliani : une équipe toujours aussi inspirée. Et pour finir, un autre chef-d’œuvre de la musique de chambre : le Quintette de Franck avec cette fois Beatrice Rana au piano qui jouait l’œuvre pour la première fois. À nouveau, on est saisi par son jeu aux couleurs infinies et aux nuances miraculeuses. Un climax d’intensité dramatique qui s’achève à l’unisson !

Elsa Fottorino

Lecce, le 21 juillet

Pour plus d’informations

Le festival Classiche Forme

Beatrice Rana