Quelques notes ensorcelantes de piano sur lesquelles s’élève un violon langoureux : le climat est installé. La mélodie À Chloris de Reynaldo Hahn nous enivre d’emblée d’une délicieuse bouffée de nostalgie.

Nous voici transportés dans l’un des salons feutrés du Ritz où, un soir du juillet 1907, Marcel Proust avait convié ses amis, aristocrates et artistes, à partager un concert privé, une soirée « exquise et fort bien ordonnée » comme il s’en confiera. L’écrivain avait scrupuleusement choisi les pièces, faisant dialoguer le passé et le présent, dévoilant un univers musical dont on retrouvera tant de références dans le vaste roman qu’il ébauchait alors.

Au cœur de ce programme, entourée de pages de Couperin, Schumann, Chopin et Wagner, la première sonate pour violon et piano de Gabriel Fauré qui sera l’une des sources de la musique imaginaire de Vinteuil. À nous, aujourd’hui, de savourer ce concert retrouvé à l’invitation de Théotime Langlois de Swarte et Tanguy de Williencourt qui nous en reconstituent l’ambiance jusque dans ses couleurs sonores, optant pour des instruments d’époque aux timbres si moelleux.

Le violon « Davidoff » et le piano Erard, dont les interprètes savent si bien souligner la délicatesse et la volupté, n’auraient-ils pas justement résonné dans quelque salon parisien où brillaient d’élégantes aristocrates, dont la duchesse de Guermantes était l’incarnation ? Car c’est bien l’esprit de la Recherche du temps perdu que nous restituent, avec délice, les deux musiciens.

Retrouvez Laure Mézan dans « Le Journal du classique » du lundi au vendredi à 20heures sur Radio Classique.

Théotime Langlois de Swarte
et Tanguy de Williencourt
Proust, Le Concert retrouvé
Harmonia Mundi

Acheter à la Fnac