Le choix de Laure Mézan : Jeanne Leleu, la belle inconnue. Prodige du piano et Grand Prix de Rome à 25 ans, la compositrice obtient enfin la consécration de son talent dans ce premier disque dédié à ses œuvres de jeunesse.

Elle n’a que onze ans lorsque Maurice Ravel lui adresse une lettre pleine d’admiration et de tendresse. Jeanne Leleu, élève de Marguerite Long, vient de donner la création de Ma mère l’Oye. Cet épisode est l’un des premiers que retrace le passionnant livret accompagnant la découverte de sa musique de chambre. Car celle qui était destinée à une carrière de pianiste choisira finalement la composition, se formera aux côtés de Charles-Marie Widor au Conservatoire de Paris et sera la troisième femme à obtenir le Grand Prix de Rome en 1923. Reconnue et appréciée en son temps, son œuvre connaîtra pourtant un triste sort, celui de l’oubli.
Mais comment peut-on avoir ignoré un tel chef-d’œuvre durant tant de décennies se dit-on dès la première écoute de son quatuor avec piano ! Ses sublimes textures sonores et sa saisissante tension dramatique nous emportent d’emblée. Entre passion et rêverie, la compositrice sait même suspendre le temps comme lorsqu’un épisode fantomatique et sensuel vient interrompre les élans enflammés du premier mouvement, telle une parenthèse onirique.
Ce sens des couleurs et des jeux de lumière est également perceptible dans son cycle pour piano, imprégné du soleil de l’Italie, tout en scintillements et contemplations. Quant aux plus sombres Sonnets de Michel-Ange, ils font entendre un clavier inquiétant, mystérieux et si narratif. Des partitions que Marie-Laure Garnier, Alexandre Pascal, Léa Hennino, Héloïse Luzzati et Célia Oneto Bensaid servent avec une formidable ferveur. Laure Mézan

Jeanne Leleu