Robert et Clara Schumann ainsi que Rachmaninov étaient à l’honneur du récital de l’Israélien à la fondation Vuitton. Une soirée entre virtuosité et sentimentalisme.

Yoav Levanon Fondation Louis Vuitton ©Nir Slakman

Yoav Levanon. Crédit photo : Nir Slakman

Cheveux domptés avec soin vers l’arrière, costume parfaitement ajusté sur une silhouette longiligne, pas nonchalant… l’entrée sur scène de Yoav Levanon évoque davantage celle d’un mannequin sur un podium. Une fois au piano, il ne dément pas cette première impression à travers un récital dans lequel il semble prendre la pose. Le concert peine à démarrer : de longues minutes s’égrènent avant qu’il se décide à avancer, après un geste ampoulé, ses mains sur le clavier. Il démarre son programme habilement construit avec Clara Schumann et ses Variations sur un thème de Robert Schumann, pages à la mélancolie poignante dont le thème résonne comme un adieu. Nul doute que Yoav Levanon possède des moyens techniques et un toucher d’une grande délicatesse. On lui reconnaît une sonorité soyeuse et mordorée. Mais dans cette œuvre, prise entre les feux de l’angoisse et de la mélancolie – Clara a composé ses pièces alors que Robert souffrait de maladie mentale – la conduite générale du discours se disperse dans une forme de joliesse et de sentimentalité artificielle. Grisé par la beauté plastique du son qu’il produit, il passe à côté de la profondeur de l’œuvre. Même constat dans les Études symphoniques, dont la richesse, le caractère fantasque et l’extraordinaire dimension orchestrale sont dilués au profit d’une vision éthérée, sans réelle unité d’ensemble où tout apparaît fragmenté, quand les passages plus héroïques sont abordés avec une forme de spectaculaire un peu convenu, à l’encontre de la subtilité et l’ambiguïté schumaniennes. Les Études-Tableaux op. 39 de Rachmaninov s’acclimatent mieux à ce jeu démonstratif. Si le pianiste est plus difficilement crédible dans l’expression de la douleur et s’abîme volontiers dans une forme d’auto-contemplation, il offre l’occasion de mesurer la facilité avec laquelle il domine les obstacles techniques. Et offre de véritables moments de bravoure. Le récital s’achève dans le même esprit « show off », par une série d’embardées Lisztiennes roboratives.

Pour plus d’informations

Vendredi 15 décembre, Fondation Vuitton, Neuilly-sur-Seine
Site de la fondation :
www.fondationlouisvuitton.fr