LE TOUCHER : Marie Jaëll

Lorsque Marie Jaëll écrit son ouvrage d’enseignement « Le Toucher », elle va à l’encontre des techniques alors en usage, où l’exigence et la rigueur résonnent dans les propos austères des textes, mais aussi dans les exercices trop mécaniques, où la main semble bridée par la discipline. Pour la compositrice et interprète, admirée par Liszt, Saint Saëns et Fauré, l’art du piano est basé avant tout sur l’art musical et transmis par un outil souple et expressif – la main. Pionnière dans ce domaine, elle s’intéresse à la physiologie de la main et à la sensibilité tactile, sujets qu’elle développe dans ses nombreux ouvrages pédagogiques. Écrivaine éloquente, Marie Jaëll convainc par la clarté de ses idées et la pertinence de ses références, citant notamment Liszt, son mentor, et Beethoven, lesquels ont souligné la vocation musicale et non pas virtuose de tout pianiste devant son instrument. À travers des exercices de base, à jouer « très piano », avec des mouvements glissés, l’enfant travaille la souplesse de l’attaque et la qualité de son toucher en n’utilisant que ses pouces – des « doigts générateurs », selon Jaëll – avant d’étendre la technique aux autres doigts. Un travail « presque mathématique » qui procurera une sonorité chantante et un sens musical inné. L’auteure aborde le jeu pianistique par deux parcours parallèles – l’étude et l’exécution – nécessitant aussi des positions assises différentes : « tout au plus à 40 centimètres de hauteur » pour l’étude afin d’amplifier le jeu des articulations ; très haute lorsqu’il s’agit de l’exécution, fondée sur une attaque au fond du clavier. Sa méthode suit une même logique, répartie sur un premier volume d’exercices et un deuxième où figurent des œuvres de Bach, Schumann, Mendelssohn et Chopin. Désormais intégrés dans l’enseignement, les principes de Marie Jaëll ont révolutionné l’approche physiologique du piano moderne.

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