Pianiste, comédien et auteur, Pascal Amoyel partage dans des spectacles musicaux ses passions, ses rencontres et fait découvrir les grandes figures qui l’ont forgé : Beethoven, Liszt ou le pianiste de légende Georges Cziffra, qui fut l’un de ses maîtres.

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Crédit photo : Charlotte Spillemaecker

Comment définir vos spectacles ?

Je souhaite donner la possibilité à des gens qui n’ont pas forcément l’habitude d’aller écouter des concerts d’entrer dans la musique à travers un compositeur, une personnalité extraordinaire, une force. Je joue à chaque fois mon propre rôle entrecoupé de moments où je deviens Beethoven, Liszt ou Cziffra. Le but est de pouvoir écouter cette musique sans a priori et sans connaissances, d’accéder à un lâcher-prise. Il faut dans ces spectacles dire les choses sans concessions pour éviter que les mélomanes entendent une succession de clichés et également se connecter avec des gens qui connaissent moins la musique classique. Pour cela, je tente d’avoir la démarche la plus intuitive possible. Dans mon spectacle autour de Beethoven, qui est une porte d’entrée dans ses 32 sonates, je veux montrer ce qui me touche dans sa musique, dire : « j’aime cela parce que… » et ne pas tomber dans l’intellectualisme.

Pourquoi avoir choisi Cziffra dans «  Le pianiste aux 50 doigts », l’un de vos maîtres ?

Je voulais incarner sur scène la vie hallucinante qu’il a eue. C’était un pianiste de légende mais aussi un homme d’une grande bienveillance qui a accueilli le gamin que j’étais avec beaucoup de gentillesse. J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de grands maîtres, mais j’ai à chaque fois eu l’impression qu’un mur s’érigeait entre nous. Pas avec Cziffra. Le plus important était la communion de pensée, faire communauté autour de la musique.

Quelle a été l’influence de Cziffra sur vous ?

Il a beaucoup compté. Même lorsque j’étais au Conservatoire de Paris, dans un cadre plus sévère, cela me faisait du bien de continuer à côtoyer son intuition géniale. C’était quelqu’un qui parlait peu musique et technique mais qui montrait beaucoup. Il y avait avec lui cette certitude qu’il était si inconditionnellement musicien, que cette intuition qu’il avait est la vraie intelligence.

*Beethoven, Liszt, Cziffra… Vous vous mettez dans la peau de personnages qui ont eu un impact sur votre vie ?

Oui, je vis à leurs côtés. Ce sont des phares qui me montrent des directions et me ramènent à la source même de la musique.
Si Cziffra m’a convaincu de devenir pianiste, Liszt m’a appris à devenir musicien. En l’étudiant, j’ai fini par accéder à tous les rouages philosophiques et spirituels de sa musique. Et derrière les œuvres, il y a aussi la vie passionnante d’un compositeur : comment le petit prodige va devenir le compositeur qui ouvre la voie au XXe siècle. L’histoire d’un homme d’une générosité totale qui a révolutionné le piano, inventé le récital… Une personnalité loin de l’image de rock star que l’on peut avoir de lui, mais un homme d’une spiritualité immense.

QUI SERA LE PROCHAIN ?

Chopin ! Je viens de créer mon tout nouveau spectacle, « Une leçon de piano avec Chopin ». Il existe une méthode très peu connue de Chopin, ainsi que beaucoup de mots de ses élèves qui retracent ce qu’il voulait dans ses œuvres. C’était un homme très exigeant, d’une nature très différente de celle de Liszt, par exemple. J’ai imaginé à partir de cela une master classe que Chopin me donnerait sur scène.

SES ACTUALITES :

Le Pianiste aux 50 doigts, au Théâtre Montparnasse, à Paris, jusqu’au 31 décembre.

Quelques instants avant d’entrer sur scène, Pascal Amoyel retrouve, dans une partition, une enveloppe adressée au 16 rue Ampère. C’est l’adresse à laquelle Cziffra, puis Amoyel – comme un clin d’œil du destin – habitèrent. L’interprète replonge alors dans le souvenir des premières rencontres avec le Maitre dont il devint l’un des rares élèves. Sur scène, peu à peu, Pascal et György fusionnent pour devenir un seul et même homme… Le spectateur est entrainé dans l’incroyable destinée du légendaire pianiste hongrois. Des bidonvilles de Budapest aux affres de la guerre, il allait devenir l’un des plus grands virtuose du XXe siècle. Pianiste de renommée internationale, Pascal Amoyel, « considéré comme l’un des héritiers spirituels de Cziffra », lui rend ici un hommage vibrant.

PASCAL AMOYEL – PIANISTE INTERPRÈTE ET CRÉATEUR DU SPECTACLE

« Un jour, alors que je « faisais mes gammes », la gardienne de mon immeuble vint frapper à la porte pour m’annoncer fièrement que le grand pianiste Georges Cziffra avait habité le même appartement quelques mois auparavant. « Tu vois, c’est peut être ton destin ! » dit elle.
Il s’occupait désormais d’une fondation à Senlis qui aidait les jeunes musiciens. Insouciant, du haut de mes 13 ans, j’allai auditionner devant le Maître et lui interpréter… quelques-unes de mes improvisations ! Il en fut touché, et se prit d’affection pour moi.

Plus tard, je revins le voir pour suivre plusieurs de ses master classes en France et en Hongrie, puis il accepta de me faire travailler en privé. Je réalise aujourd’hui le grand privilège qu’il m’accorda. Je me souviendrai toujours de ces rencontres : cet homme, qui avait connu les pires souffrances, paraissait jouer sa vie à travers la musique. Il ne parlait pas beaucoup, mais son regard était parfois bien plus évocateur que tous les mots. Un regard d’écorché vif, profondément humain. Pour lui, la musique était comme le prolongement de l’amour et de la fraternité humaine.

Cziffra fut l’un des plus grands pianistes du 20e siècle. Ses concerts faisaient délirer les foules. En 1956, son interprétation légendaire du 2e Concerto de Bartók fi t se ruer des personnes par milliers dans les rues de Budapest qui scandèrent l’hymne national avant le soulèvement.
Ses dons étaient tellement inconcevables qu’ils lui valurent les surnoms de « réincarnation de Franz Liszt », « interprète aux moyens paranormaux », « pianiste aux 50 doigts » … Il était à la fois adulé et jalousé. Il me parlait parfois de son passé. La réalité dépassait la légende. Sa vie est un véritable roman qui traverse tous les tourments du 20e siècle.
Du petit prodige de 5 ans qui jouait dans les cirques pour gagner le salaire de sa famille au soldat perdu dans les affres de la guerre servant sous le drapeau nazi puis russe ; de l’homme qui tenta de s’enfuir de Hongrie et condamné à soulever des blocs de pierre au pianiste de bar jouant des chansons à boire dans des cabarets sordides de Budapest.
En adaptant son incroyable et bouleversante histoire, je souhaite marcher sur les pas de ce pianiste hors norme qui reste l’une des plus figures les plus nobles de l’histoire de la musique. Récits et musiques s’imbriqueront comme pour illustrer la vie et l’œuvre qui sont indissociables. »

Pour plus d’informations :

PREMIÈRE LE 28 SEPTEMBRE 2023

Jeudi et Vendredi à 19h – Samedi à 15h30 – Dimanche à 18h
Durée du spectacle : 1h20
Tarifs : 42€ / 38€ / 32€ / 18€ / 10€ pour les moins de 26 ans

Informations et réservations : www.theatremontparnasse.com – 01 43 22 77 74

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