À l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, le pianiste Daniil Trifonov conjugue maîtrise et vivacité dans une interprétation de pages de Rameau, Mozart et Mendelssohn, pour un récital mémorable. 

© Fondation Louis Vuitton / Martin Raphaël Martiq

Crédit photos : Fondation Louis Vuitton / Martin Raphaël
Martiq

Daniil Trifonov a quitté son look d’ermite du piano pour plus de sagesse : cheveux bien coiffés et barbe de trois jours. Voilà cet habitué des scènes parisiennes pour la première fois dans le bel Auditorium de la Fondation Louis Vuitton ! On se dit que cette sagesse du look s’est transposée au piano, tant l’Allemande de la Suite en La de Rameau est jouée avec pudeur, réserve et distance, avec un ton un poil désabusé. Trifonov nous propose ici un parcours dramatique maintenu tout au long de l’œuvre : le son du piano s’ouvre, le récital avec lui, de l’intériorité de cette Allemande à la légèreté des Trois Mains jusqu’à la culmination théâtrale de la 6e variation de la Gavotte. Le voilà le Daniil Trifonov que l’on connaît, celui qui cherche l’intensité permanente. Celui qui tire tout du matériel qui lui est présenté. Celui qui n’hésite pas à mettre les deux pieds dans le pathos, la qualité instrumentale de ce piano sauvant tout.

Passons à Mozart ! Trifonov est ici le pianiste baroque par excellence, pas dans le sens historique, mais dans celui du pli, du mouvement, des formes, de la dramaturgie et de l’exubérance. Cette Sonate K.332 est prise rapidement, les accents sont excessifs et on ne sait plus où donner de la tête dans le final : mais comme c’est vivant ! Faites écouter ça à quelqu’un qui n’aime pas Mozart !

© Fondation Louis Vuitton / Martin Raphaël Martiq

Mendelssohn et ses trésors : les Variations sérieuses. Ah, sérieuses elles le seront ce soir, mais également grandes, puissantes et racées. Voilà un autre volet du pianiste, le Trifonov qui cherche l’extase, qui impose l’extase avec autorité. C’est un interprète au sommet de ses moyens pianistiques qui, à l’image d’un Kantorow, d’un Geniusas ou d’un Kholodenko, a l’ambition d’entrer dans les œuvres pour les transcender, les présenter plus grandes, plus vastes, encore plus larges qu’elles ne le sont. Daniil Trifonov le fait ici dans son style personnel avec Mendelssohn.

En seconde partie du récital une Hammerklavier où Trifonov veut nous transmettre une urgence, une voix ravageuse qui appartient plus à la puissance brute de Richter dans ces pages qu’à l’ouverture d’horizons d’un Gilels. Également, deux instants de sidération totale : le trio du Scherzo d’une fluidité, d’une distinction, d’une splendeur instrumentale dévastatrice. La récapitulation de l’Adagio qui nous vient du fond du piano : un pianissimo d’une densité et d’une profondeur rare. On se lève et on emporte avec soi ces deux instants de musique, ils nous appartiennent !

Jeudi 2 mai, Auditorium de la Fondation Vuitton

Rameau : Suite en La mineur, Mozart :  Sonate K.332, Mendelssohn : Variations sérieuses, Beethoven : Sonate Hammerklavier

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Daniil Trifonov