Avec Rachmaninov et Tchaïkovski en majesté, Daniel Lozakovich, Gautier Capuçon et Alexandre Kantorow concluent la saison lors d’un concert d’une rare intensité.

Fondation Louis Vuitton / Martin Raphaël Martiq

Crédit photo : Fondation Louis Vuitton / Martin Raphaël Martiq

On savait, en assistant à ce dernier concert de la saison à la Fondation Vuitton qu’une traversée dans la sombre épaisseur de l’âme russe nous attendait. Le jeune Daniel Lozakovich, violoniste suédois de 23 ans est entouré de deux partenaires d’exception : Alexandre Kantorow au piano – avec qui il partage régulièrement la scène – et Gautier Capuçon au violoncelle pour interpréter le Trio élégiaque n° 1, œuvre de jeunesse de Rachmaninov. Écrite à l’âge de 19 ans mais aux contours déjà très personnels, cette page d’un seul tenant séduit pour son lyrisme et sa puissance mélodique. Le compositeur doit beaucoup à Tchaïkovski dont le Trio op.50 – pièce maîtresse du concert – complète judicieusement le programme. Les deux pièces partagent le même horizon tragique avec une marche funèbre pour conclusion.

Sur le frémissant bourdon des cordes, le pianiste énonce le thème avec intensité et noblesse. La sonorité épanouie de Gautier Capuçon est à la mesure de son jeu particulièrement expressif, toujours dans la juste mesure de l’émotion. Le violon prend la parole dans un registre plus gracile, ténu, et peine parfois à se déployer malgré des phrasés d’une grande délicatesse. Mais la force dramatique est bien là, et ne faiblit pas à un seul instant de ce long mouvement, ni même dans le Trio en la mineur de Tchaïkovski dont l’ampleur mélancolique nous avale littéralement. Les interprètes ne cèdent jamais à la tentation de grandes boursouflures emphatiques – non, la partition avance dans un souffle magistral, au-delà des larmes, le public retient le sien jusqu’à la dernière note. Le deuxième mouvement – un thème et variations qui offre un répit de courte durée avec quelques séquences plus vivaces – précède un Finale virtuose qui nous entraîne dans des profondeurs vertigineuses. La coda, rythmée par les accords désolés du piano et les dernières complaintes des cordes achève cette course fatale. Reste le silence. Très long silence de près d’une minute, évidente conclusion, avant que la salle ne se soulève pour couronner ce moment d’une rare sincérité. Elsa Fottorino