Le 3 mai sortait le nouveau disque de Yuja Wang, « The Vienna Recital ». 

The Vienna Recital

De son récital au Konzerthaus de Vienne en 2022, enregistré en live, Yuja Wang a tiré cet album, à l’image de son tempérament électrique. Tant par le choix des œuvres, de Beethoven à Ligeti en passant par Kapoustine, que par son jeu à la précision diabolique. Son programme rassemble deux pièces maîtresses du répertoire composées aux pôles opposés du romantisme : la pittoresque Sonate n° 3 de l’opus 31 de Beethoven écrite en 1802, et la Sonate n° 3 de Scriabine (1897), déjà tournée vers un autre siècle. Chez le premier, l’articulation extrêmement précise associé à la jubilation rythmique prend des allures explosives dans le Presto con fuoco (le feu y est, pas de doute) et son rythme syncopé. Cette rythmique acérée, ces embardées grisantes, on les retrouve aussi bien chez Kapoustine ou chez Márquez avec comme toujours une maîtrise technique implacable.
Fausse accalmie avec Philip Glass dont elle joue l’Étude n° 6 avec une intensité pareille à celle qui traverse l’ensemble du disque. Il est peu de dire que Yuja Wang a le sens de la pulsation, mais celle-ci n’est jamais métronomique. Dans Albéniz, elle obtient des couleurs flamboyantes. Avec Scriabine, elle nous entraîne vers un lyrisme extatique. Le Drammatico est élégiaque, avec une opulence sonore et un toucher somptueux même si on aimerait parfois ressentir davantage l’urgence fébrile qui parcourt l’œuvre, cette profondeur dramatique – le même reproche peut être adressé à l’Intermezzo n° 3 op. 117 de Brahms. Cet aspect onirique culmine dans un Andante rêveur où la pianiste se laisse aller à un vagabondage mélancolique. Yuja Wang n’en est pas moins captivante, en particulier chez Ligeti (Automne à Varsovie et ses doubles croches qui mènent à l’effondrement, « l’escalier du diable ») : ici la jubilation vire au ricanement démoniaque. Elsa Fottorino