Adepte d’aventures musicales hors du commun, Aline Piboule réunit brillamment dans son dernier opus trois compositeurs d’époques et de styles différents.

Aline Piboule ©Jean-Baptiste Millot

Aline Piboule. Crédit photo : Jean-Baptiste Millot

Mon piano d’enfance

Deux pianos et un orgue ont marqué mon enfance. Mon grand-père, professeur de musique au lycée, avait un orgue chez lui où je passais Noël. Depuis, cet instrument porte en lui l’affection que j’éprouve pour mon grand-père, un passeur qui savait donner l’amour de la musique. Chez mes parents, j’avais un joli piano droit Samick, couleur bois, que j’aimais beaucoup. Et dans notre maison de vacances, il y avait un Clavinova sur lequel je m’amusais à jouer et rejouer mes morceaux, avec différents sons pré-enregistrés ! Cependant ma vocation artistique était venue encore plus tôt, à l’âge de 5 ou 6 ans – je faisais des rêves dans lesquels j’étais pianiste. Mais au conservatoire, j’ai dû attendre sagement le CE2 pour commencer le piano, alors que mon envie était grandissante.

Mon piano de travail

Quand j’étais étudiante au CNSM de Lyon, j’ai pu acquérir d’occasion un Bösendorfer quart de queue de 1980, que je n’ai jamais quitté. L’affinité a été instantanée ; il n’a fallu que trois notes pour que je tombe amoureuse de lui, un vrai coup de foudre ! Grâce à Pianos Magne, qui a rendu cette acquisition possible, je me sens chanceuse tous les jours…

Mon piano idéal

Je n’ai jamais rencontré un piano aussi idéal que mon Bösendorfer ! Il a un son exceptionnel, produit par ses basses généreuses et ses aigus cristallins. C’est un instrument qui chante avec générosité et rondeur, sans aucune agressivité. Il est toutefois un peu petit pour les enregistrements et n’est pas adapté aux grandes salles. À mon sens, il est beau dans tous les répertoires, de Bach à la musique contemporaine, ce qui correspond à l’étendue de mes intérêts.

Un piano pour trois univers

J’ai voulu croiser les chemins spirituels de Bach, Liszt et Greif, et explorer les coïncidences opposées que peut contenir une seule vie – entre la noirceur et la lumière, le sacré et le profane. Ce sont trois univers et trois façons de jouer totalement différents : le pur piano de Liszt, méditatif ou orageux, l’extrême violence de Greif, atteint d’un cancer lorsqu’il écrivait sa Codex Domini et, enfin, les transcriptions des chorals de Bach. Si l’exercice n’a pas été facile, je suis heureuse de faire notamment découvrir le langage puissant de Greif à travers ses deux sonates, données en première mondiale au disque après leurs éditions critiques.

Aline Piboule album Coincidentia oppositorum
Coincidentia oppositorum
Bach, Greif, Liszt

Artalinna

Traversant les œuvres de Bach, Greif et Liszt, Aline Piboule nous mène de l’obscurité à la lumière, puisant dans un piano expressif et confidentiel qui se transforme au gré de son récit. Le chant solennel de Bach se déploie avec une profondeur émouvante tandis que la Ballade de Liszt, livrée avec un fort sens de l’évocation, bouleverse. Quant aux sonates de Greif, la pianiste dévoile la poésie de son jeu, s’attelant à des pages énigmatiques pour extraire une panoplie de couleurs et de sentiments, tour de force qui couronne cette gravure fascinante.