Pour son premier récital de studio, Bruce Liu – Canadien d’origine chinoise, élève de Dang Thai Son et vainqueur du Concours Chopin de Varsovie en 2021 – cultive le goût du fantasque en mettant en miroir, non sans malice, Rameau, Ravel et Alkan.

Dans les plus célèbres pages du premier (Les Cyclopes, La Poule, Les Sauvages), fort d’un toucher cristallin, d’une dynamique d’une absolue clarté et d’une articulation aérienne, il associe inventivité et goût de la fantaisie. Mais au service d’un style qui ne renonce pas à quelques manières, notamment rythmiques, et s’avère donc moins pur que celui de Vikingur Olafsson (DG, 2020). La liquidité de son jeu fait merveille dans Ravel et ses Miroirs. Doué d’un imaginaire très communicatif, Liu fait défiler devant vos yeux une galerie de tableaux impressionnistes, usant d’un jeu de pédale d’une sensualité extrême mais aussi d’un goût de la fulgurance (Alborada del gracioso) qui rappelle le jeune Pogorelich. Il en explore l’univers harmonique et l’infinie poésie, offrant ruissellements (Une barque sur l’océan), bruissements furtifs (Noctuelles) ou sonorités plaintives (Oiseaux Tristes). C’est un autre monde encore qu’il explore avec Le Festin d’Esope d’Alkan en démontrant une étourdissante virtuosité dans ses vingt-cinq variations, qu’il habite d’une dimension méphistophélique, essentielle au juste rendu de cette étude diabolique. Quant à la Barcarolle, tardive et d’une tendresse mélancolique, elle montre un visage plus inhabituel du turbulent compositeur. Un programme audacieux à la mesure d’un talent plus que prometteur.

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