Un coffret chez Erato nous rappelle l’immense talent de Catherine Collard, disparue en 1993 à l’âge de 46 ans – comme Schumann, son compositeur de prédilection.

L’art de Catherine Collard, fondé sur le devoir artistique et la quête d’une vérité musicale, vit encore aujourd’hui. On l’entend s’épancher, avec une poésie brûlante, dans les œuvres de Schumann, Franck et Debussy. On l’entend aussi à travers les témoignages de ses proches, comme celui de son amie Anne Queffélec se souvenant d’un « équilibre rarissime d’instinct et d’intelligence, d’imagination et de rigueur ». La justesse des propos de Catherine Collard confirme le regard humble mais exigeant d’une artiste dévouée à son métier, mot qu’elle préfère à celui de carrière, car le premier « est plus artisanal, plus noble », sans implications extra-musicales.
Elle avait horreur de la vie solitaire des solistes, des allées et venues en avion, des rencontres éphémères sans lien réel. « Jouer pour un public qui me connaît, qui me comprend, voilà mon rêve », a-t-elle affirmé. Pour cette âme sensible qui souffrait de trac, le chemin du soliste ne se frayait pas sans difficulté, la poussant à s’éloigner pendant une période de la scène mais jamais de la communauté artistique, à laquelle elle s’est consacrée notamment à travers l’enseignement. Lorsque Catherine Collard s’en est allée bien trop tôt en 1993, elle avait commencé à renouer avec la scène, lieu qui représentait désormais le partage, là où l’interprète pouvait « se transcender et sublimer les choses ». « Quand on est seul sur scène, personne ne peut vous atteindre. Et on peut dire, on peut exprimer, tout ce que l’on a au fond de soi-même », a-t-elle confié dans les années 1980.
Cette époque voit surgir un foisonnement d’enregistrements : œuvres chambristes de Franck, mélodies de Fauré, la Symphonie « cévenole » de d’Indy, œuvres de Brahms, sonates de Haydn, Préludes de Debussy, œuvres de Satie en compagnie d’Anne Queffélec… Mais surtout du Schumann et encore du Schumann, son compositeur de cœur qui s’est éteint, lui aussi, à l’âge de 46 ans et dont Catherine Collard détenait comme nul autre la clé de l’univers secret. Le coup de foudre est venu au Conservatoire de Paris que la jeune pianiste avait rejoint à 14 ans pour se former auprès de deux figures emblématiques de l’enseignement, Yvonne Loriod et Yvonne Lefébure. C’est cette dernière qui lui avait « transmis le virus », marquant le début d’une exploration inépuisable, de ses premières gravures pour Erato dans les années 1970 jusqu’à ses dernières chez Lyrinx. Devant la musique de Schumann « qui va du désespoir à la douleur, au rêve et à la sublime tendresse », Catherine Collard déploie une vision dont la droiture et la clairvoyance favorisent la communion entre les deux poètes.
CATHERINE COLLARD
The Complete Erato, EMI Classics & Virgin Classics Recordings ERATO
Regroupant les enregistrements réalisés entre 1973 et 1991, ce coffret rend hommage à la pianiste dont l’intégrité et l’humilité du jeu portent haut les œuvres de Schumann, Lekeu, Franck, Prokofiev, d’Indy et Satie. Accompagnés des témoignages de ses amis, les sept disques nous font entendre une voix poétique qui traverse les reliefs tumultueux de Schumann avec profondeur et grâce, la pianiste refusant la fantaisie démesurée pour distiller les nuances complexes de ces pages.
Un lyrisme naturel irrigue les sonates de Franck et de Lekeu, aux côtés de Catherine Courtois, tandis que la fraîcheur de ses lectures de Satie avec Anne Queffélec dévoile le sourire lumineux de celle qui nous offre un souvenir rayonnant.
