Le deuxième volume de l’anthologie de la variation dans laquelle Cédric Tiberghien s’est lancé est peut-être encore plus stupéfiant que le premier… déjà exemplaire.

Tout en gardant toujours Beethoven comme pivot d’un album qui se déguste comme un récital aux mille reflets, le pianiste ose des rapprochements qu’un Glenn Gould aurait autrefois osés. Faire ainsi suivre les Variations en ut mineur WoO 80 de Beethoven, véloces et spirituelles, de celles en la mineur que Sweelinck a agencé sur un thème de cour noblement dansant, à la virtuosité raisonnable et dont la dernière a la tendresse attristée des adieux, les enchaîner avec les Variations sur « venni amore » de Righini, thème que Beethoven élargit, triture avec sa verve habituelle pour en tirer une œuvre spirituelle ne donne pas le tournis. Bien au contraire, un fil secret nous pousse ensuite dans les bras de Bach et de son Air varié à la manière italienne BWV 98 puis de sa Chaconne pour violon seul dans la transcription pour la main gauche seule de Brahms : saisissant !

Tiberghien déploie dans cet album une perfection de trait, d’articulations avec une éloquence aussi étreignante qu’elle se nourrit d’une économie de moyens expressifs – tout l’art d’un musicien qui avec les années a trouvé un équilibre miraculeux entre l’analyse et le lâcher prise : Tibergien est là, ô combien, mais ce n’est pas lui qu’on écoute, c’est la musique présentée dans la vérité de son évidence. Jusque dans les sublimes Last Pieces de Morton Feldman, Processional de George Crumb, les Seven Haikus et In a Landscape de John Cage, qui viennent s’immiscer entre les variations du compositeur allemand d’une façon naturelle, en rien conceptuelle. Le message ici, c’est tout pour la musique, sa beauté, l’ingéniosité géniale des compositeurs cultivant l’art de la variation.

Cédric Tiberghien, "Variation[s] 2"

CÉDRIC TIBERGHIEN
« Variation[s] 2 ».
Œuvres de Beethoven, Sweelinck, Bach, Cage, Feldman et Crumb.
2 CD HARMONIA MUNDI

Pour plus d’informations