Féru de transcriptions ambitieuses et interprète privilégié de Prokoviev, Lyapounov et Medtner, ce trentenaire joueur né au pays de Magritte a fait sienne cette devise : « Le piano est un instrument d’illusion ».

Mon piano d’enfance
Un piano droit de la marque Knight. Un fidèle instrument que j’ai encore dans la maison
de mes parents ! Puis quand j’ai eu une dizaine d’années et que j’ai commencé à jouer du piano
plus sérieusement on m’a offert un quart de queue Yamaha d’occasion.
Mon piano de travail
J’ai toujours ce Yamaha chez mes parents. C’est un très bon piano d’étude, assez classique et
sans distinction particulière. J’ai aussi chez moi un excellent piano droit Bösendorfer. Un de mes
meilleurs amis a repéré en Italie un superbe instrument qui ne se vendait pas, et que nous avons eu pour une somme modique. Il date sûrement de la première moitié du XXe siècle, mais je n’ai
jamais vu un piano droit qui me donne des sensations aussi proches de celles d’un piano à
queue.
Mon piano idéal
Je considère le piano comme un outil, il faut juste qu’il fonctionne à peu près ! Je suis de moins
en moins attentif aux qualités intrinsèques de l’instrument, s’il est boisé ou chaleureux… Ce
qui compte pour moi, ce sont les intentions, la construction du discours. Je suis convaincu
que l’on peut faire des grandes choses même si un piano sonne mal. Dans la classe de Ferenc
Rados, j’ai entendu des legato somptueux alors qu’il jouait avec un stylo. Un de mes professeurs, Claudio Martinez-Mehner, m’a transmis des idées similaires : tenter de tout suggérer avec
un piano, y compris ce dont l’instrument ne semble mécaniquement pas capable. Mais si je
devais choisir, je dirais un piano ou une acoustique qui à la base sonne fort et avec lequel mon
travail consisterait plus à alléger qu’à surenchérir. Avec beaucoup de timbre et de couleurs, je sais
qu’il me sera possible de descendre chercher des nuances. Cela me libère de l’espace mental
pour me concentrer sur autre chose. J’aime aussi beaucoup les pianos anciens. On a parfois
des superbes Steinway modernes de quatre mètres de long… mais qu’ils sont lourds ! Dans le cas de
mes transcriptions orchestrales, la mécanique légère d’un piano ancien supprime beaucoup de
contraintes. La musique pour orchestre n’est pas seulement écrite pour plusieurs instruments, elle est aussi pensée différemment avec de très longues progressions difficiles à rendre au piano. Schéhérazade sur un piano ancien rend la vie deux fois plus facile ! Les longs développements sont bien plus épuisants sur des instruments modernes.
Un piano historique
J’ai joué sur un des pianos de Liszt, un Erard à Milan. J’ai également eu la chance de jouer sur le Luthéal qui se trouve à Bruxelles, une invention belge assez génialissime ! C’est un dispositif que l’on ajoute à un piano pour qu’il sonne comme un cymbalum, un clavecin ou une harpe. Les registres sont à activer pour obtenir le son souhaité, un peu comme un orgue. C’est quasiment tombé à l’abandon, malgré le fait que Ravel l’ait utilisé dans sa rhapsodie Tzigane !

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