Réaliser un biopic sur Maurice Ravel relève de la gageure : si on connaît le musicien, l’homme, sa vie intime, demeure une profonde énigme. Mais cela n’a pas dissuadé la réalisatrice Anne Fontaine – à qui on doit notamment Coco avant Chanel – de s’emparer de ce sujet délicat. 

Crédit photo : Pascal Chantier

Le film s’attarde sur l’année 1928, cruciale dans la vie de Ravel : il compose le Boléro et réalise sa grande tournée en Amérique du Nord. C’est aussi à cette période qu’apparaissent ses premiers troubles neurologiques. L’une des réussites du film tient notamment au casting, avec dans le rôle-titre Raphaël Personnaz, qui compose une partition tout en subtilité, livrant un portrait sensible et touchant du musicien. On s’attache à ce personnage fantasque, aux multiples obsessions (des paires de chaussures aux pépiements d’oiseaux…) sans jamais parvenir à l’appréhender totalement. Le film le saisit au moment où il traverse une grave crise créatrice après que l’ex-danseuse du Bolchoï Ida Rubinstein – campée par une Jeanne Balibar exubérante et sensuelle – lui a commandé un ballet qu’il ne parvient pas à écrire. C’est cette douloureuse gestation de l’œuvre sur laquelle s’attarde le récit. « Comment Ravel l’avait-il conçue ? Je savais peu de choses sur sa personnalité. Je me suis mis en tête de le rencontrer à travers la construction cyclique et envoûtante du Boléro », précise la réalisatrice dans un communiqué de presse. Le spectateur a parfois la sensation d’être immergé dans l’esprit et les pensées de Ravel, à l’affût des sons qui l’entourent, que ce soient les bruits mécaniques d’un réveil, claquement métalliques et répétitifs d’une usine, main qui glisse dans un gant de soie. Ravel est décrit comme un être asexué qui réveille une sensualité enfouie – la lecture du Boléro à travers le prisme charnel est l’un des partis pris du film – au cours de déambulations dans Paris avec sa muse Misia (Dora Tillier) et dans une maison close… Saluons enfin l’habileté des dialogues, les scènes particulièrement marquantes tournées au Belvédère, la maison du compositeur à Monfort-l’Amaury, et la saisissante Emmanuelle Devos pour incarner l’austère Marguerite Long, acolyte de toujours de Ravel. Les mélomanes seront servis par la bande-son réalisée par le pianiste Alexandre Tharaud (on entend beaucoup de musique tout au long du film) qui, cerise sur le gâteau, incarne le petit rôle du très revêche critique musical Pierre Lalo. Pour ce nouvel opus, Anne Fontaine s’est basée sur la biographie de référence de Marcel Marnat. Si les faits ne sont pas respectés à la lettre, il se dégage de ce portrait bien senti une véritable authenticité.

Pour plus d’informations : 

Boléro, d’Anne Fontaine, avec Raphaël Personnaz, Dora Tillier, Jeanne Balibar… En salle le 6 mars

À lire également :
Livres, dans la tête de Ravel – Pianiste
Vient de paraître : numéro spécial Maurice Ravel – Classica