Hélène Grimaud, avec la complicité de l’éditeur Stéphane Barsacq, ouvre au lecteur la porte de son monde, rempli de musique, de grands espaces et d’animaux sauvages…

Renaître est un long entretien écrit à quatre mains qui reprend le fil des conversations entre ces deux amoureux de Johannes Brahms, s’étalant sur des années et dont Stéphane Barsacq, ami de longue date, a précieusement gardé la trace dans ses notes. La pianiste y rassemble ses conceptions sur l’art, la musique, la nature à travers son cheminement personnel et son expérience singulière. Ce livre est aussi une tentative de répondre à la question inépuisable qu’une petite fille lui posa, un jour, à la sortie d’un concert : « La musique, ça sert à quoi ? »

« Renaître », le titre même de ce recueil exprime cet élan vital qui ne cesse de traverser Hélène Grimaud avec obstination et la pousse toujours plus avant, jusqu’au bord du précipice, afin de toucher quelque chose d’absolu et d’infini. Dans cet élan quasi mystique, elle considère le piano « comme le trait d’union entre le public et son désir d’atteindre jusqu’aux ciels, jusqu’aux monts, jusqu’aux océans le pays des sons purs, la nature dans son essence ». Avant la musique, il y a la nature, pour laquelle elle vibre dès sa plus tendre enfance dans les paysages de Camargue, proches d’Aix-en-Provence, sa ville natale. « La nature a été pour moi la première et la meilleure école que je puisse imaginer. » Enfant, Hélène Grimaud se rêvait même vétérinaire ou biologiste.

Au lieu de commencer par raconter sa carrière, la concertiste, dans sa grande humilité face à la cause écologique, évoque d’abord la genèse de son engagement auprès des loups menacés d’extinction et la fondation qu’elle a créée en 1999, le Wolf Conservation Center, situé à South Salem, dans l’état de New York. Elle se rappelle ce voyage en Floride où elle croise une louve, Alawa, qu’elle adopte et qui est le point de départ de cette vie parallèle à sa vie musicale. Aujourd’hui, c’est en Californie qu’elle poursuit son activisme pour la cause animale en se préoccupant du sort des mustangs, menacés de disparition, eux aussi.

« La musique a répondu à mon besoin de beauté. » Après ses pages sur la nature, le lecteur découvre la fulgurance de son parcours musical. Tout ce qu’elle pressentait enfant, cette soif d’immensité, est venu s’incarner dans l’harmonie du son et la possibilité de faire résonner les notes. Précoce, elle raconte son départ pour le Conservatoire de Paris, qu’elle intègre à 13 ans, et sa vie dans des familles d’accueil, loin de ses parents. Une enfance hors norme et solitaire qui révèle la grande force intérieure qui l’habitait déjà.

Émaillée de nombreuses références philosophiques, picturales, littéraires, son érudition impressionne et il n’est pas étonnant qu’elle insiste sur son amour pour les poètes romantiques allemands, dont le sentiment exalté face à la nature fait écho au sien.

Au fil des pages se dégage le portrait d’une femme au génie singulier, à l’avant-garde des combats écologiques et féministes. Sensible, altruiste, l’artiste sait aussi se donner généreusement à son public : « Je joue pour chacun des auditeurs. Je dis chacun, vraiment, et non tous, car chacun a sa propre vie. J’essaye donc d’offrir à chacun le moyen de se retrouver lui-même, en établissant un dialogue entre nous deux. Je ne triche pas. » En effet, Hélène Grimaud ne triche pas, et lire ses entretiens permet de sortir des jugements hâtifs que certains ont pu émettre sur cette « pianiste aux loups ». Et nous, retirons-nous à pas de loup, et laissons-la seule avec ses chiens, lors de ses balades en forêt, danser la musique de la nature à l’abri des regards.

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