Les trois comédiens de Sentinelles brûlent les planches du Théâtre du Rond-Point sur une magistrale partition de Jean-François Sivadier. 

Sentinelles ©Jean-Louis Fernandez

Julien Romelard, Samy Zerrouki et Vincent Guédon. Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

« Claudio Arrau a fait une psychothérapie pour se débarrasser du désir de plaire ! », lance l’un des personnages au début de la représentation, dans une hilarante séance d’interview qui donne le ton d’une pièce dont l’humour se montre à la hauteur de l’importance des questions qu’elle pose : qu’est-ce que l’art, quel est le rôle d’un artiste ?

Les trois pianistes héros de Sentinelles en incarnent en effet trois visions différentes, qu’ils vont confronter durant les deux heures vingt d’un spectacle ô combien vivant. Jean-François Sivadier, auteur, metteur en scène et parfois comédien – on l’avait vu en 2018 à la MC93 de Bobigny, jouant un chef d’orchestre survolté dans son excellent Italienne, scène et orchestre –, dit avoir eu l’idée d’écrire ce texte après avoir lu Le Naufragé de Thomas Bernhard, dont Glenn Gould était l’un des protagonistes. Inspiré du Canadien, le personnage de Mathis est le génie du trio de virtuoses à l’œuvre sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Inséparables amis depuis l’adolescence, ils vont étudier dans une prestigieuse école de musique sous la houlette d’un professeur au fort accent « rrrusse », passer le Concours Tchaïkovski (une séquence épique du spectacle) puis se séparer.

Portés par un texte sensible, tout ensemble érudit et comique, à la langue résolument moderne, servis par une scénographie fluide et dépouillée, les trois comédiens – extraordinaires – font vivre leur personnage avec un appétit réjouissant. Ils se livrent à des joutes oratoires passionnées (Mozart est-il suspect, oui ou non ?), interpellent le public à l’occasion, et dansent avec une grâce folle sur Bach, Chopin, Rachmaninov ou Ligeti… Irrrésistible !

Pour plus d’informations

Sentinelles, texte et mise scène de Jean-François Sivadier, avec Vincent Guédon, Julien Romelard, Samy Zerrouki.

Jusqu’au 10 février au Théâtre du Rond-Point, à Paris.

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