Le pianiste Can Çakmur dévoile sa vision du romantisme schubertien, qu’il met en miroir avec l’op. 119 de Brahms dans un disque aussi surprenant que réussi.

Can Çakmur ©SDP - MUHSIN AKGÜN

SDP – Muhsin Akgün

Après un premier volet confrontant Schubert et Schoenberg, Can Çakmur poursuit son intégrale Schubert en se tournant cette fois-ci vers le traitement romantique de la miniature. Entre le deuxième cahier d’Impromptus et les trois Klavierstücke du Viennois vient se juxtaposer l’op. 119 de Brahms, dernier testament pianistique du compositeur en forme de quatre pièces de caractère. Une belle surprise attend ceux qui connaissent déjà la démarche méticuleuse et réfléchie de l’interprète, lequel déploie une liberté inattendue pour traverser ces trois recueils singuliers. Approche qui s’aligne parfaitement avec l’esprit spontané de ces œuvres dont la brièveté prête aussi une intensité au récit.
Au cours des quatre Impromptus, le pianiste nous livre une succession d’impressions vivantes, saisissant merveilleusement l’atmosphère et les contrastes de chaque pièce. La dramaturgie du Premier impromptu prend une dimension épique, mise en lumière par un jeu éloquent et polyvalent qui sait aussi s’épancher dans un Deuxième impromptu majestueux, basculant entre lyrisme et puissance. Le Schubert de Can Çakmur fascine par la justesse et la richesse du propos, restituant les reliefs de la partition sans jamais tomber dans l’excès ni dans le stéréotype.

Tout aussi inspirés, les Klavierstücke de Brahms se déploient avec un sens de l’improvisation, une fraîcheur apportée par des tempos fluides et des inflexions poétiques qui ne sont pas sans rappeler un Radu Lupu. Lui aussi à la recherche de l’intimité et de la profondeur sans pour autant sacrifier le flux musical, le jeune pianiste turc explore les timbres plus feutrés et charnus de son instrument, tirant une densité orchestrale dans ce recueil tardif de Brahms qui rend d’autant plus irrésistible la vitalité des Klavierstücke d’un Schubert trentenaire, empli d’urgence et de fantaisie. Une gravure éblouissante qui met à l’honneur les univers aussi distincts et envoûtants de ces deux compositeurs. Melissa Khong