Nous vous proposons aujourd’hui de réviser les conseils techniques évoqués dans les précédents numéros de Pianiste en les appliquant à l’interprétation de deux œuvres célèbres du compositeur viennois.

Extrait de l’Impromptu en mib op. 90, n° 2 de Schubert
Pianiste 144 Pedagogie extrait Schubert Leçon

Les grands principes de base du piano sont des sortes d’outils. Mais n’oublions jamais que ces techniques du jeu pianistique ne valent rien par elles-mêmes. Elles doivent être au service de la musique, et n’existent que pour nous permettre de rendre justice à la beauté une partition. En voici un exemple avec deux Impromptus op. 90 de Schubert.

Impromptu en mi bémol op. 90 n° 2

Contrôlez les notes des temps (voir Pianiste n° 140) Cet Impromptu est de nature brillante et virtuose. Un pianiste doté d’une bonne technique éprouvera de la jubilation à égrener les notes comme des perles, avec légèreté et rapidité. Chopin demandait à ses élèves : «  facilement, facilement  !  » Comment y parvenir  ?

D’abord en contrôlant le temps du morceau à travers les doigts et chaque pulsation sans presser ni ralentir ces petites gammes. Pour y arriver, le principe de base est de bien identifier à l’oreille où sont les notes des temps.

En réfléchissant à vos doigtés qui tombent sur les notes des temps. Cela développe vos réflexes, aide à contrôler physiquement chaque pulsation. On déroulera ces notes des temps à un tempo régulier et bien fixé à l’avance.

Résumé : l’agilité des doigts n’est pas de nature musculaire, elle vient plutôt d’un contrôle par le cerveau et les doigts du déroulement des notes dans le temps. Chopin disait d’ailleurs : «  Personne ne remarquera l’inégalité dans une gamme si elle est égale pour le temps.  »

Application : voici un petit entraînement préalable. Ne mettez surtout pas d’accent sur les temps, ce sont seulement les notes entre les temps que l’on atténuera – à titre d’exercice – pour s’exercer à reconnaître celles qui tombent sur les temps.

Ne jouez jamais deux notes qui se suivent sans nuances. Nuancez, c’est ainsi que l’on développe au mieux les doigts ! (voir Pianiste n° 142). Nuancez la courbe sonore de toutes ces petites gammes, cherchez à obtenir une vague sonore, vous développez la mobilité de vos doigts.

Assimilez les bons gestes. Ici, pour faire l’appui sur le 2e temps à la main gauche (voir Pianiste n° 143).

Schubert, dans tout cet Impromptu, place un appui répétitif sur un temps faible à la m. gauche, le 2e temps (si bémol joué avec le pouce).

Cette répétition d’une même note est fréquente chez Schubert, elle exprime une angoisse hypnotique, une obsession. Soulignez chacun de ces contretemps en versant le poids vers cette note et en la jouant un peu plus fort. Cependant, ce si bémol doit aussi être joué vers le haut (en remontant) car il est la dominante du ton de mi bémol. Il questionne, il ne faut donc pas le mettre vers le bas. Apprenez les bons gestes de votre morceau, qui correspondent à la fois aux appuis, et à l’harmonie.

Voir photos 1, 2, 3 et 4

Vers le haut sur sib

Vers le bas sur fa

Vers le bas sur fa

Débloquez votre poignet
(voir Pianiste n° 137)

Relever les doigts

En étudiant à la maison, relevez les doigts qui ne jouent pas (même à la m. gauche), afin d’assimiler les empreintes dans la main. Cela permet aussi de partager notre main en deux afin de réaliser deux plans sonores dans la même main (voir Pianiste n° 140).

Dans la partie centrale, étudiez en relevant un peu les doigts inoccupés et en réfléchissant bien aux notes qu’il faut tenir ou à celles qu’il faut enlever. Telle est la condition pour développer votre indépendance des doigts, la polyphonie entre les deux voix. Tenez la blanche avec le 5e. Détaillez les triolets. Ensuite, quand vous jouerez le morceau, vous pourrez au contraire laisser les doigts plus près des touches.

Voir photo 5 

Impromptu en la bémol mineur op. 90, n° 4

Développez la sensation et la mobilité des doigts externes (voir Pianiste n° 136).

Le but, dans ces arpèges brisés est la précision de son et la régularité temporelle. Pour obtenir cela, votre doigt externe (4e) ne doit pas être joué sans vie ni à plat sur le clavier car votre main pencherait alors trop vers le 5e doigt. Dans ce cas, les doigts ne tomberaient plus perpendiculairement au clavier mais de biais, et alors, 90 % de l’énergie et du poids naturels du doigt sont perdus ! Remède : arrondissez comme «  en arche  » vos doigts externes de la main. Musicalement parlant, surveillez à l’oreille qu’il ne manque aucun son dans les plus aigus : cela forcera votre main à se redresser. Attention, ne négligez pas pour autant de verser aussi votre poids vers la partie musicale interne.

Voir photos 6, 7   

Bonne position

Mauvaise position

Débloquez votre poignet (voir Pianiste n° 137).

Apprenez à vous alléger dans une note, sans quitter la touche du doigt.

L’une des grandes difficultés techniques ici est la note semblable répétée. Cette répétition ne doit pas sonner sèchement mais comme legato, avec moelleux. Débloquez bien votre poignet. Allégez votre main sur la première des deux notes, mais sans quitter la touche du doigt. Puis laissez remonter votre main. Enfin, quittez la note. Vous pouvez alors rejouer la 2e note sans difficulté, et leur répétition sonnera legato.

Voir photos 8, 9

Répétition de la note

Mauvaise position