En résidence cette saison à la Maison de la radio et de la musique, la pianiste allemande nous parle des instruments de sa vie.

Crédit photo : Pascal Albandopoulos DG

Mon piano d’enfance
J’ai débuté sur le piano à queue Yamaha de ma mère musicienne. Quand j’avais 3 ans, mes parents m’ont emmenée au récital d’un ami pianiste, faute de baby-sitter. Je traversais probablement une sorte de crise existentielle, comme les enfants de cet âge qui cherchent à s’exprimer et à se faire entendre. Ce pianiste a su rendre silencieux le public pendant deux heures, chose qui m’a fascinée. Je voulais apprendre ce nouveau langage qui m’apparaissait comme une façon de me faire comprendre. J’ai annoncé à ma mère ma décision de devenir pianiste. Méfiante envers ce métier difficile, elle a résisté pendant un an avant d’accepter.

Mon piano de travail
Aujourd’hui, en tant qu’artiste Steinway, je travaille sur de nombreux modèles de la marque.
Le choix des pianos de concert demande beaucoup d’exigence, moins quand il s’agit du travail quotidien. De toute manière, sans pouvoir transporter soi-même son instrument, le pianiste doit s’adapter aux pianos à sa disposition. Pour mon quart de queue à la maison, je demande un toucher plus lourd afin de ne pas être surprise lors des concerts. Les derniers cinq à dix pour cent du travail ne se passent que sur scène, face à l’instrument et à l’acoustique de la salle.

 

Mon piano idéal
Il nous arrive de tomber amoureux d’un piano, sauf que les pianos ont un temps de vie limité. Je me souviens d’un coup de cœur pour l’instrument sur lequel j’ai enregistré les valses de Chopin. Mais quand je l’ai retrouvé quelques années plus tard, il ne sonnait plus pareil. Ce qu’un piano peut nous offrir est intimement lié au travail du technicien. C’est une collaboration indispensable qui dépend aussi de la façon dont le pianiste communique ses besoins, ce que nous apprenons sur le tas. Je m’intéresse aujourd’hui à créer des strates de nuances dans le spectre du piano et du pianissimo.

 

Mon univers sonore
Cette édition « deluxe » de mon album « Echoes of Life » continue l’exploration des espaces sonores commencée dans la version originale, d’une acoustique de cathédrale à un univers plus intime, où l’auditeur se situe près du piano et peut entendre les mouvements des marteaux et des pédales. Le Prélude de Bach, fil conducteur de l’album, est restitué en entier deux fois – d’abord sur un piano à queue et, à la fin de l’album, sur un piano droit préparé avec des bandes de feutre, ce que j’ai déjà fait pour « The Chopin Project ». En voulant m’éloigner de la perfection des instruments modernes, je me suis tournée vers des sonorités feutrées, chaleureuses. Cette imperfection me séduit.

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