Dans son dernier ouvrage, le grand musicologue Gilles Cantagrel trouve une approche qui, sans rien sacrifier à l’érudition et à l’exigence musicale, rend familier et accessible tout l’univers du Cantor de Leipzig.

Comment s’attaquer à un monument tel que Bach ? Comment, parmi tous les ouvrages de référence qui existent à son sujet, rajouter une nouvelle pierre à l’édifice ? Par cet abécédaire, peut-être. Toute l’originalité et la pertinence de cette somme tiennent dans cette conception alphabétique, qui évite le piège du dictionnaire rébarbatif. La totalité des lettres de l’alphabet sont requises en effet dans cette tentative d’épuisement de l’ensemble des connaissances ayant trait à Bach. Qu’il s’agisse d’éléments biographiques, de la description d’un Instrument, de sa personnalité, de personnages historiques ou simples proches et amis, d’un terme musical ou d’une œuvre, cet inventaire, par petites touches, a l’ambition de reconstituer l’univers et le quotidien du compositeur. Ainsi, à la lettre E, le lecteur pourra tomber sur le mot « Épée », et apprendre que Bach en portait une dès l’âge de 20 ans, car elle était l’insigne de sa charge. Il eut même une altercation, en 1705, avec un écolier, Geyersbach, où il fut obligé de sortir son arme pour se défendre.

Gilles Cantagrel, ancien directeur de France Musique, est reconnu comme un spécialiste de Bach, à propos duquel il a déjà écrit plusieurs ouvrages. Il a aussi organisé pendant vingt ans, pour la Fondation Bach à Leipzig, un pèlerinage intitulé Sur les traces de Bach. Sûrement ces pérégrinations lui ont-elles donné la matière et l’envie de transporter ses déambulations dans ce recueil, sautant du coq à l’âne, enchaînant par exemple le mot « Médiocre » – terme avec lequel aurait été qualifié le génie lors de sa nomination au poste de Cantor de Leipzig –, avec la Messe en si mineur où il offre une analyse musicologique d’un des chefs-d’œuvre de la musique sacrée baroque. Se promener dans ce livre et y picorer au gré de ses envies des informations est une façon ludique et dépoussiérée de fréquenter Bach, de le découvrir ou redécouvrir, sous toutes les coutures. Pour finir, au mot « Cimetière », le lecteur apprendra que le compositeur le plus universel et célébré n’eut même pas droit à une stèle gravée à son nom, faute d’argent.
Sa tombe disparut dans l’anonymat avant que l’on ne retrouve sa dépouille et qu’on lui élève une nouvelle sépulture, dans le chœur de l’église Saint-Thomas, à Leipzig, en 1950.

 

Pour plus d’informations :