Nos conseils pour que ce doigt à part ne vous prenne pas de court car il a toute sa place sur le clavier.

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À l’évidence, dans notre main de pianiste, le pouce est différent des autres doigts. Il en est souvent le mal-aimé, le vilain petit canard. Mais à y regarder de plus près, il pourrait bien au contraire en être le cygne, car, pour peu qu’on apprenne à le sentir et à connaître son individualité, il permet lui aussi de faire chanter le piano et, à travers gammes et arpèges, de déployer la musique sur toute l’étendue du clavier.
D’abord, quelques constatations :
● Le pouce est le plus court des doigts.
● Les touches noires sont plus courtes que les touches blanches. Elles sont loin de nous, et proches du couvercle.
● Les touches noires sont sur un plan haut du clavier (1er étage) et les blanches sur le plan bas (rez-de-chaussée).
De cette conformation de la main et du clavier, maintes fois soulignée par Chopin, nous pouvons tirer quelques conclusions et grands principes de base pour l’usage du pouce et le jeu de piano en général.

Le choix des doigtés

D’abord, quand on choisit des doigtés, il faut de préférence « couler » le pouce après une touche noire car cela est plus confortable pour la main et fait gagner du temps. Les doigtés traditionnels des gammes et arpèges sont du reste élaborés en fonction de cette diversité dans la longueur des doigts.

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Parfois, cependant, on doit mettre le pouce sur les touches noires. C’est pour exercer cette sensation inhabituelle et antinaturelle que Chopin a composé son Étude op. 10, n° 5.
Voir photo 2

Le champ du clavier

Cette longueur écourtée du pouce et l’éloignement des touches noires ont une autre conséquence : si nous sortons le pouce hors du champ du clavier en le maintenant non pas au-dessus de touches mais dans le vide, nous risquons de perdre beaucoup de temps pour aller chercher certaines notes de la position suivante, surtout sur les touches noires. Les pianistes inexpérimentés éprouvent parfois une gêne à jouer un passage ou ralentissent, pour la simple raison qu’ils ont trop sorti leur pouce hors du clavier. Si, dans la position suivante, ils ont à jouer une touche noire mais que leur pouce est hors-jeu (comme on dirait au football !), l’ensemble de leur main s’en trouve trop éloigné. Elle ne peut s’en rapprocher que grâce à un « mouvement de tiroir » (= pousser la main devant soi sans casser la ligne du poignet). Hélas, cela fait perdre beaucoup de temps et, dans un tempo rapide, chaque milliseconde compte.
Voir photo 3 : perte de temps
Et photo 4 : meilleure position

Lorsque vous étudiez un morceau à la maison, ne laissez pas votre pouce sortir du champ du clavier. Préparez votre main pour la position suivante, en gardant votre pouce au-dessus des notes. Jouez au plus près, avec le plus petit trajet possible.

Cela nous oblige parfois à rentrer nos autres doigts entre les touches noires. Mais comme je le dis souvent à mes élèves : les touches noires ne mordent pas, ce ne sont pas des dents ! Lors de l’étude, forcez-vous (si la largeur de vos doigts le permet) à insérer vos doigts à l’intérieur de touches noires afin de rapprocher votre pouce. Vos empreintes seront aussi bien meilleures.

La question du passage

On a glosé à l’infini et écrit d’innombrables lignes sur le fameux passage du pouce. Faut-il bouger la main ? La tourner ? Suivre avec le coude ? Lever ou ne pas lever le poignet ? Je crois que ce n’est pas la bonne façon d’aborder la question. Dans le passage du pouce, il faut bien entendu que ce dernier passe sous les autres doigts. Mais l’essentiel pour obtenir un passage du pouce fluide tient en ces trois conseils que vous pourrez tester vous-même, ou expérimenter :

● Entre la note qui précède celle du pouce et celle qui est exécutée par le pouce, il faut jouer le plus legato possible. De même, entre la note du pouce et celle qui lui succède, cherchez le legato. Pour obtenir ce parfait legato, il faut s’écouter et corriger si cela ne va pas. Et se concentrer sur la sensation, bien davantage que sur ce qui se voit.

● Éprouver la souplesse et la liberté du poignet, latéralement. Il doit pivoter sur le côté, plutôt que d’effectuer des mouvements de haut en bas.

● Limiter les mouvements verticaux du poignet car cela nous fait perdre de la surface de contact avec le pouce. Voyons ce contact…

La pulpe et la tranche

Le pouce ne peut pas jouer sur sa pulpe du doigt mais seulement sur sa tranche, son côté.

Voir photo 5 : impossible
Et photo 6 : position correcte

Notre pouce bénéficie donc d’un contact moindre. Il faut donc développer le plus possible notre sensation du contact maximum du pouce avec la tranche de ce doigt.
Voir photo 7
Ce bon contact de la tranche du pouce avec le clavier détermine aussi une ligne de continuité entre main, poignet, et avant-bras. Elle part du pouce et monte jusqu’au coude. Sentez votre pouce, et vous trouverez du même coup le placement du reste de votre bras.

Voir photo 8
Le tableau La Famille Mozart (1781) par J. N. Della Croce montre Wolfgang au clavier avec sa sœur Maria Anna, dite « Nannerl ». On voit que le jeune musicien tient son poignet très haut et que son pouce touche le clavier sur l’extrémité. Il a donc très peu de contact. Mais cette façon de tenir la main n’est sans doute pas réelle, plutôt une commodité pour le peintre. En outre, elle témoigne d’une exécution sur un pianoforte au toucher léger, et ne permettrait pas celle d’œuvres romantiques postérieures à Mozart, par exemple de Liszt, Chopin, Schumann ou Brahms.

Le ténor et l’alto

La sensation et l’écoute des pouces ont une grande importance pour notre jeu, car c’est à eux que sont souvent confiées les parties accompagnantes. Si l’on ne fait pas entendre les parties ténor ou alto, la main perd son assise dans le clavier. Cependant, parfois, le compositeur confie au pouce la partie principale, comme c’est le cas dans les Klavierstücke de Brahms. Développer la sensation du pouce sur lequel verser le poids est alors particulièrement nécessaire…