C’est à un fascinant voyage dans la nuit et dans l’histoire de la musique que nous a conviés Pierre-Yves Hodique lors du concert de présentation de son premier album solo sur une scène parisienne.

Connu comme le loup blanc par ses anciens condisciples et les étudiants du Conservatoire national supérieur de Paris où il enseigne, Pierre-Yves Hodique s’est surtout fait connaître comme un chambriste recherché. Le 24 novembre, la Scala Paris l’avait invité pour fêter la sortie de son premier album solo (voir notre critique p. 55). C’est dans la petite salle, bleu nuit du sol au plafond, dont les sièges en gradins encerclent le piano que le public s’est serré pour un voyage aux « Clairs de lune »… de Debussy, Abel Decaux, Joseph Jongen, Beethoven, Georges Enesco et du tout jeune Fabien Touchard dont Pierre-Yves-Hodique donnait Le Noir de l’ange, un concerto pour piano et électronique.

En une quinzaine de minutes, le jeune compositeur y rend hommage aux octaves, aux traits virtuoses du grand concerto romantique, à l’histoire de la musique aussi, car y passe le reflet de citations, plus que des vraies citations, petits éclairs, immédiatement effacés par une musique toujours en devenir. L’électronique remplace l’orchestre dont elle a les miroitements et scintillements, la puissance aussi qui enveloppe et soutient le piano jusque dans une sorte d’immobilisme extatique et cosmique prenant. Hodique s’ébroue là-dedans d’une façon aussi jouissive qu’il est concentré, virtuose et éloquent. Pas étonnant que l’œuvre et son interprète reçoive une belle ovation. Oui, on écrit toujours très bien pour le piano.

Avant cela, Hodique nous avait promenés à travers un programme enchaîné sans applaudissements alternant tubes et raretés. Sa souplesse de chat, sa sonorité si profonde et chantante, son attention à l’harmonie et à l’articulation des plans sonores, sa virtuosité accrochent l’oreille avec d’autant plus d’intensité que le musicien va même jusqu’à ouvrir un nouveau chemin dans la fameuse sonate de Beethoven comme on aurait imaginé qu’un pianofortiste le ferait. En prenant des tempos vifs dans les deux premiers mouvements, l’interprète replace cette sonate dans son temps et efface l’image omniprésente du buste de Beethoven par Rodin qui lui colle aux notes.

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